autour

Spectacles

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Matériau Koltès / 1998 / Paris (France)
Théâtre du Conservatoire National d’Art Dramatique
MeS Catherine Marnas
Atelier de troisième année du Conservatoire National Supérieur
d’Art Dramatique de Paris, dirigé par Catherine Marnas
courant mars 1998
avec Ludovic Baude, Christian Cousquer, Jérôme Pouly, Stéphanie Béghain, Isabelle Kerisit, Cloé Réjon, Marion Beulque, Sara Louis, Lyes Salem, Anne Bouvier, Nicolas Martel, Julie Sicard, Olivier Bune, Joseph Menant, Stanislas Stanic, Fred Cacheux, Alexia Monduit, Joan Titus
- Assistant m.e.s Claude Poinas Décor Laurent Berger
- Costumes Clara Le Picard, Valérie Montagu
- Son Mme Miniature et Yann Galern
- Lumière Rémi Claude
- Assistant décor Bruno Graziani
Fragments Koltès / 1999 / Gap (France)
Théâtre La Passerelle (coproduction Théâtre de la Ville, Paris)
MeS Catherine Marnas
courant octobre 1999. Puis Metz (France),
Opéra-Théâtre, 28/10/1999 – Paris (France),
Théâtre de la Ville, 11 et 12/1999 – Istres (France),
Théâtre de l’’Olivier, 01/2000 – Toulouse (France),
Théâtre de la Cité, 01/2000 – Draguignan (France),
Théâtre municipal, 01/2000 – Lyon (France),
Théâtre de la Croix-Rousse, 02/2000
avec Marion Beulque, Maud Narboni, Anne Bouvier, Agnès Pontier, Philippe Calvario, Chloé Réjon, Robert Lucibello, Marc Susini, Franck Manzoni
- Assistant Claude Poinas
- Décor, costumes, vidéo Laurent Berger
- Lumières Gilles Gentner – Costumes Dominique Fabrègue
- Son Madame Miniature
- Assistants Carlos Calvo, Michel Foraison, Emmanuelle Roy, Frédéric Garnier

Événements

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Films – Videos

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Le conte d’hiver
1988
Pierre Cavassilas
Enregistrement de la pièce, m.e.s. Luc Bondy en 1988
traduction de William Shakespeare par Bernard-Marie Koltès avec Michel Piccoli, Bulle Ogier, Nada Strancar, Bernard Ballet. Couleurs, 197min. coproduction la Sept-Arte – France 3
Dans la solitude des champs de coton
1990
Benoît Jacquot
Enregistrement de la pièce, m.e.s. Patrice Chéreau en 1990
Image Renato Berta son Jean-Claude Brisson montage Martine Voisin avec Laurent Malet & Patrice Chéreau Couleurs, 76min coproduction INA – la Sept – Azor Films
Tabataba
1991
François Koltès
Court-métrage
dialogues Bernard-Marie Koltès Image Bernard Tiphine son Jean-Marie Moulin musique Super Diamono de Dakar montage Cécile Fernandez avec Félicité Wouassi & Paulin Fodouop production Béka Couleurs, 35mm, 14min.
Dans la solitude des champs de coton
1996
Patrice Chéreau, Stéphane Metge
Enregistrement de la pièce, m.e.s. Patrice Chéreau en 1996
réalisation Image Renato Berta son Jean-Claude Brisson montage Martine Voisin avec Pascal Greggory & Patrice Chéreau Couleurs, 90min coproduction CAED – la Sept-Arte – Azor Films
Le Retour au désert
1996
Thierry Thomas
Enregistrement de la pièce, m.e.s. Jacques Nichet en 1996
Image Marie Nicolas avec Myriam Boyer, François Chattot, Emile Abossolo-M’Bo, Sid Ahmed Agoumi, Christine Brücher, Jenny Clève, Jacques Echantillon, Loïc Houdré, Vanessa Larré, Gérard Lorin, Mouss, Arthur Nauzyciel Couleurs, 120min coproduction la Sept-Arte – Agat Films
Bernard-Marie Koltès, comme une étoile filante
1997
François Koltès
Documentaire Collection Un siècle d’écrivains
Image Benoit Chamaillard, Damien Morisot, Kevin Jewison, Mauricio Peredo, François Koltès son Mustapha Delleci, Sylvain Girardeau montage Anne Gigleux voix Jean-Marie Koltès, Hubert Gignoux avec la participation de Claude Stratz, Ousmane Diop, Madeleine Comparot, Léon Blanc, Serge Rolland, Patrice Chéreau, Yves Ferry, Bruno Boëglin production Béka Couleurs, 55min.
Chéreau-Koltès, une rencontre
1999
François Koltès
Documentaire
Image Damien Morisot son Mustapha Delleci montage Constance Rider production Béka & Images Plus Noir et blanc, 30mn.
Conversation élémentaire
1999
François Koltès
Documentaire
Image Kewin Jewison montage Anne Rochefort production Béka & Images Plus Couleurs, 52mn.

Livres

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La nuit, le nègre et le néant
Bernard Desportes
La Bartavelle, 1993
Koltès, Combats avec la scène
Anne-Françoise Benhamou, Samra Bonvoisin, Michel Fournier, Jean-Claude Lallias
Théâtre aujourd’hui, N°5 Ministère de l’Éducation Nationale, 1996 et 2000
Bernard-Marie Koltès, Généalogies
Christophe Bident
Farrago, 2000
Pour Koltès
François Bon
Les Solitaires intempestifs, 2000
Koltès, la question du lieu
France
CRESEF – Bibliothèque-Médiathèque de la Ville de Metz, 2001
Actes des Rencontres internationales Bernard-Marie Koltès, Metz – octobre 1999 Lucien Attoun, Anne-Françoise Benhamou, Christophe Bident, Bruno Boëglin, Maria Delgado, Michel Didym, David Fancy, André Petitjean, Christine Raffin, Jean-Pierre Ryngaert, Jean-Christophe Saïs, Claude Stratz, Almuth Voss
Bernard-Marie Koltès
Anne Ubersfeld
Actes sud-Papiers, 2001
Bernard-Marie Koltès et l’espace théâtral
Marie-Paule Sébastien
L’Harmattan, Paris, 2001
Voix de Koltès
Christophe Bident, Régis Salado, Christophe Triau
Atlantica, Carnets Séguier, 2004
La Bibliothèque de Koltès : réécritures et métissages
Bibliothèque-Médiathèque de la Ville de Metz, 2004
Actes des 2è Rencontres internationales Bernard-Marie Koltès, Metz – octobre 2002 Didier Ayres, Jean-Luc Benoit, Florence Bernard, Yann Ciret, Jacques Deville, Jean Mambrino, Bichette Mercky, Stéphane Patrice, François Poujardieu, Patrick Thill, Simon Werle, Louis Ziegler
Chair et révolte dans le théâtre de Bernard-Marie Koltès
Donia Mounsef
L’Harmattan, 2004
Dans la solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès
Anna Dizier
Parcours de Lecture N°131, Bertrand-Lacoste, Paris, 2002
Un ventennio di critica koltesiana
Carolina Diglio
Biblioteca della ricerca, Bibliographica 7, Schena Editore, Fasano, Italie,
Un répertoire complet des articles de presse ou publications diverses sur Bernard-Marie Koltès en France et en Italie
Koltès subversif
Stéphane Patrice
Descartes & Cie, Paris, 2008

Revues, articles, programmes

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Travaux universitaires

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livre BMK corrections

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Bernard-Marie Koltès
Biographie, Brigitte Salino
Stock, septembre 2009

POUR CORRIGER QUELQUES ERREURS
B.= Bernard-Marie Koltès
B.S.= Brigitte Salino
Lettres = Bernard-Marie Koltès, Lettres, Editions de Minuit, avril 2009
Les chiffres correspondent aux pages du livre de Brigitte Salino
14
La signification du nom de Koltes m’est totalement inconnue. Je n’ai jamais pensé ni dit que cela voulait dire : ‘’Petit couteau’’. Nulle part B. n’a dit ou écrit qu’il pensait que cela voulait dire ‘’Petit ramoneur’’.
15
L’origine ‘’hongroise’’ des Koltès (qui, à Budapest est Koltej, nom qui existe encore dans le quartier juif et pourrait éventuellement correspondre le plus à Koltes), cette origine que nous supposons pour le plaisir, n’est prouvée par rien. L’arbre généalogique s’arrête à Trèves (en Allemagne) à trois générations avant celle de B. : la plus grande partie des archives de cette ville ont été détruites pendant la guerre de 39/45 et le seul Koltès ascendant direct, cordonnier, qui habitait la Sarre, est le père de notre grand père. Il n’y a aucune trace de la famille auparavant.
Les Koltès ne travaillaient pas dans la sidérurgie, mais dans les mines de fer de Wendel : il n’ y a pas de hauts fourneaux à Moyeuvre-Grande où ils se sont établis, mais seulement des mines.
Les deux frères Koltès (grand père ou grand oncle de B.) étaient l’un dans l’armée française –pour avoir fui la Lorraine- l’autre incorporé de force dans l’armée prussienne. Le reste est romanesque.
16
Edouard Koltès était entré au grand séminaire (après le petit séminaire), et y est resté deux années avant de renoncer à son sursis et de s’engager dans l’armée.
Il n’a pas été fait prisonnier dans les Ardennes, il n’a pas traversé l’Espagne pour rejoindre l’armée française au Maroc.
Fait prisonnier à Toul (Lorraine) le 22 juin 1940, il est interné au camp de Saint-Mihiel d’où il s’évade le 30 juillet 1940. Il est alors affecté au centre de regroupement de l’infanterie de Grenoble (2 août 1940), encadre une unité espagnole (10 septembre 1940), puis une compagnie de travailleurs étrangers à Bourg-Saint-Maurice en Tarentaise, l’une des deux vallées de la Savoie (13 octobre 1940), puis Montmélian (Tarentaise-Savoie) (1 novembre 1940), puis désigné pour servir au Maroc le 8 février 1941, embarqué à Marseille le 8 février 1941, débarqué à Oran le 10 février, passe la frontière Algérie / Maroc à Oujda le 12 février, affecté au 4è Régiment de Tirailleurs Marocains le 13 ou le 14 février 1941, etc. etc.
Quant au camp de concentration, il existait des photographies que nous avions à la maison, après la guerre, et que mon père a fini par jeter pour ne pas que nous les regardions. Point. Il est possible qu’il ait participé à la libération d’un camp, c’est l’idée que nous avions, mais certainement pas une certitude.
Ma mère n’aimait pas son nom (Welsch), à tel point que la plupart du temps elle signait (ou écrivait son nom, parfois sur des documents officiels qui existent encore) : Velche. D’autre part ce nom ne signifie pas “étranger’’. C’est un terme péjoratif qu’employaient les Allemands (ou les Prussiens auparavant) pour désigner les Français pendant et entre les guerres successives (comme Boche voulait dire Allemand pour les Français)…
17
À propos de Pierre, prêtre, le frère aîné de Germaine Koltès, B.S. écrit : « …tout en menant une autre vie ». De même pour Paul, l’autre frère, prêtre également en Afrique : « …mort dans des circonstances troublantes ». Ces allégations lapidaires ne sont étayées par aucune explication, aucune preuve. Cette manière de liquider en quelques mots évocateurs la vie de ces personnes suggère, dès l’ascendance, une lourdeur atavique trouble.
Germaine a commencé à travailler exactement à l’âge de 13 ans.
La Savoie, et Pralognan en particulier, ont été ‘’découverts’’ par Pierre qui y emmenait les scouts pour des camps dans les années 30. Et c’est lui qui, par la suite, y a conduit ses frères et sœurs.
18
“Germaine Koltès accouche sans son mari, au combat”. Mon père et ma mère étaient au Maroc où il n’y a jamais eu de combat, de toute la guerre. (Jean-Marie est né pendant cette période). Mon père était souvent absent, dans le bled, mais pas au combat.
La famille revient en France en 1944. Mon père est affecté au 151 RI à Metz le 22 février 1945.
Je me prénomme François Marie (Étienne –et non pas Stéphane- n’est pas un prénom officiel, mais un prénom ajouté pendant la cérémonie du baptême par Pierre qui m’a baptisé).
La maison de la sage-femme était tout simplement une clinique d’accouchements, comme il en existait encore beaucoup à cette époque.
19
La citation prêtée à B : « C’est à cause de moi que ma mère n’a pas eu d’autres enfants, … » vient d’où ? Que signifie : « On ne s’aventurera pas sur le terrain de l’interprétation » ?
« L’absence du père » (cf. aussi P.23), même si elle est parfois intolérable pour une femme et pour ses enfants, est loin d’être permanente. À partir de 1944, elle est exactement celle-ci : 30 août 1947–11 mars 1948 (Algérie) ; 7 mai 1951 (et non pas juillet) – 12 décembre 1953 (Indochine – pas de permissions) ; 6 décembre 1955 – 29 septembre 1958 (Algérie, avec des permissions, en particulier l’été et à noël). « Ainsi fut l’enfance de Bernard-Marie Koltès » L’enfance de B. ne se réduit pas à cela. Elle ne contenait pas l’épaisse tristesse que semble évoquer B.S. Il est d’ailleurs probable que l’absence de ce père a marqué davantage les deux fils aînés que B.
Où et quand B. « dira le pire pendant longtemps » de son père ? C’est possible, mais cela doit être démontré par des témoignages ou des citations. Il n’a jamais « dit le pire pendant longtemps ». C’est faux.
20
Si, avec des efforts, la photographie évoquée est interprétée ainsi (un déguisement de fille), la réalité est tout autre :
1. L’enfant est vêtu d’une première aube blanche et d’une seconde au-dessus de la première. Celle-ci est décorée de bandes dorées dans le bas et au bout des manches. Sa tête est couverte d’une très abondante chevelure argentée entourée d’un bandeau portant en son centre, au-dessus du front, une étoile dorée. Il tient haut les mains jointes.
2. Ce n’est pas sa mère qui a déguisé B., mais les religieuses du Mont-Sainte-Odile,
2. Il s’agit d’un déguisement pour la crèche de noël : il est habillé non pas en fille mais en ange,
3. Ce n’est pas pour sa première communion (avril 1955) mais pour noël !
Cette photographie est publiée dans le livre Lettres de Saint-Clément et d’ailleurs, paru en 1999 sous la direction de Philippe Hoch (Bibliothèques-Médiathèques de Metz) p.13. La légende indique : L’ange Bernard… Mont-Sainte-Odile (Bas-Rhin. Noël 1955). C’est sans ambigüité.
« moumoulaitlait » (sans commentaire !), c’était beaucoup plus tard vers ses 11/12 ans, une sorte d’insulte ou de méchante moquerie, qui n’a pas duré longtemps. À cet âge, il ne prenait plus de biberon comme cela est indiqué !
« Josette, elle aussi épouse de militaire » : son mari n’est pas militaire. Il est représentant en matériel ferroviaire et métallique.
21
« Germaine Koltès l’a choisie (l’école) parce qu’elle est tout près de l’église Sainte-Thérèse » ! Non, c’est parce que l’école du lieu où nous habitions (au Sablon) était, dans l’esprit de ma mère, fréquentée par des voyous.
L’église dont parle B.S. n’existait d’ailleurs pas à l’époque abordée. Sa construction commencée en 1938, interrompue par la guerre, ne reprenait qu’en 1950. Elle fut bénie en 1954 mais totalement terminée en 1963. Durant la période dont parle B.S., l’église Sainte-Thérèse était une chapelle provisoire que nous fréquentions pour les offices. Celle-ci a été transformée plus tard en cinéma (Le Pax) qui n’est pas signalé dans le livre de B.S., pas plus que ne l’est le cinéma Le Foyer de Montigny-lès-Metz. (Le Foyer et nos cousines de Montigny, avec lesquelles nous étions très liés –trois garçons, trois filles de presque même âges-). Ces deux cinémas ont été pendant toute l’enfance, puis toute l’adolescence de B., une ouverture sur le monde du cinéma (il y a vu nombre de westerns, de films noirs, etc.) et sur le monde en général (films documentaires présentés par Paul-Emile Victor, Lionel Terray, Maurice Herzog, etc.).
Même page, “Jean-Marie entre en sixième dans un pensionnat lorrain”. Non, il est élève en sixième au lycée de Neustadt (nous habitions Landau, en Allemagne) et il n’est pas pensionnaire. C’est l’année suivante, à l’époque où mon père va quitter Landau pour l’Algérie, qu’il entre au collège de la Malgrange (près de Nancy). A ce moment-là, toute la famille vit à Landau, pendant une année entière.
Le père de B. était toujours en civil, quand cela était possible. Oui.
Cependant dire que « C’est la seule année où les garçons voient leur père porter l’uniforme à la maison, parce qu’il représente la France » est faux. Quand nous étions à Metz, dans les années précédentes ou, plus tard, à Angers, nous pouvions également voir notre père en uniforme quand il rentrait à la maison à midi ou le soir. Pourquoi l’aurait-il spécialement porté, à Landau, « parce qu’il représente la France » ? Pour épater sa famille ?
Pourquoi Landau serait une parenthèse dans la carrière d’Edouard Koltès ?
Il ne nous emmène pas aux défilés. Notre mère nous y a emmenés quelques fois. L’armée, d’ailleurs, ne passait pas son temps à défiler.
22
Bernard ‘’alpiniste’’ : il n’a jamais escaladé que le rocher d’escalade de Pralognan (avec moi, une seule fois, en avril 1969) et deux ou trois petits rochers des Vosges au cours de quelques sorties de week-end de l’hiver et du printemps 68/69. Ces sorties avec la plupart des ‘’gens’’ du théâtre du Quai, et d’autres adeptes encore dont il n’est question nulle part, étaient mémorables. Nous avons fait des projets et discuté longuement autour du munster, du pain noir, des noix et du vin blanc d’Alsace, dans le refuge du Gashney.
B. faisait de la marche en montagne comme toute la famille, avec ma mère (qui faisait de l’alpinisme et nous entrainait) et mon père (qui, plus loin, n’aime pas la montagne -il a pourtant été ‘’chasseur’’ une grande partie de sa carrière). Pour B., ce fut le cas jusqu’à l’âge de seize ans, c’est tout, mais jamais cela n’a été un sport… Jusque là, il est vrai, il a fait une ou deux « courses » sans difficultés (de la marche dans la neige) comme le Dôme de Polset (glacier) à Pralognan et, peut-être La Réchasse. « De bons grimpeurs, Bernard en particulier »… Justement non : Jean-Marie, son frère aîné a fait vraiment de l’alpinisme (escalade, etc.) en haute montagne, et moi-même davantage encore. Bernard n’en a pas fait. D’ailleurs en 1969, au retour du Canada, il était à Pralognan quand, avec un groupe composé pour l’essentiel de gens de Strasbourg, nous avons fait de ’’l’alpinisme’’ en Vanoise et en Oisans, mais B. n’a pas participé.
Quels « affrontements violents » et que signifie « comprendre ce que fut la vie de ce père » ? Un doute sur ‘’la vie du père’’ qui sera explicité quelques lignes plus loin.
Même page : Angers, « sur les bords de la Loire. ». Angers est sur les bords de la Maine. La Loire est à l’extérieur de la ville et, en 1958, à environ 15 km. Depuis, bien entendu, la ville s’est étendue. On verra plus loin que la géographie et l’histoire sont accessoires dans ce livre.
L’affirmation « Le père a des (je souligne) maîtresses, les garçons voient leur mère pleurer ». Aucun argument sérieux pour soutenir cette déclaration qui permet de donner le ‘’ton’’. D’autres allégations de ce genre viendront conforter le postulat de B.S. d’une famille déchirée, presque délabrée, maussade, aux mœurs peut-être détraquées.
24
« des corps …noyés dans le fleuve » (la Moselle ou la Seille ne sont pas des fleuves, et il n’y a pas eu, à ma connaissance, de corps dans l’eau (confusion possible avec Paris).
25
Richard Bance n’est pas le condisciple de B. Il à 5 ans de plus que lui, donc aucun contact dans la scolarité ni jamais dans sa vie.
26
La scolarité au collège ne coûtait pas une fortune et, d’autre part, le prix n’était pas le même pour ceux qui avaient des difficultés financières.
29
En 1961, quelles unités de Tunisie, du Maroc et surtout d’Indochine reviennent à Metz ou débarquaient à Marseille peu de temps avant ? (Des prisonniers que le Vietminh auraient enfin libérés ?)
30
« les frères Koltès ». Sans Jean-Marie, qui n’est pas là. Il n’y a pas de camions militaires, mais une armée qui défile en chantant, sans fanfare.
Quels sont les règlements de compte dans le milieu de la prostitution ? Metz était-elle une ville de prostitution intensive ? Quant au bar Trianon, il y a encore à Metz des témoins pour en parler, que j’ai rencontrés –dont une femme qui était dans le bar au moment des faits-. Il ne s’agit pas de « règlements de compte » liés à la prostitution, mais peut-être d’une dispute pour une femme (peut-être une prostituée) qui aurait dégénéré. Rien n’est prouvé, l’enquête a été bâclée. Accessoirement, des Algériens ont tiré sur le bar. Il se trouve que dans le bar il y avait des parachutistes…
31
Le nom latin de Metz est Divodurum (Mediomatricorum) (Tacite). Divodurum se transforme en Mediomatrici (du nom de ses habitants) puis, au Vè siècle, en Mettis (pas un mais deux t). Le mot ‘’métis’’ prend tout à coup un sens ‘’arrangé’’.
Il n’y a pas de cohabitation « sans encombre ». Il y a toujours eu, au moins depuis les occupations allemandes jusqu’aux immigrations italiennes et « arabes » (très peu de polonais), des affrontements avec la population. Le « bouclage du Pontiffroy » ne constitue pas une rupture, mais une augmentation de la tension latente.
33/34
B. dit : « On allait en douce dans les cafés algériens » ? Cette déclaration (connue) n’a pas été vérifiée : fin de la guerre d’Algérie en juillet 1962. Le fait évoqué se situe avant cette date (cf. Le Retour au désert). B. a 14 ans en avril 1962. Comment peut-on imaginer qu’avant 14 ans, c’est-à-dire à l’âge de 12 ou 13 ans, un garçon pouvait entrer dans un bistrot, seul ou avec des copains, à Metz, à cette époque-là ? D’autant plus que, quand il était externe (après juin 1960), il entrait au collège le matin à huit heures et en sortait le soir à dix-neuf heures. Le samedi, c’était huit heures, seize heures. Et il fallait une demie heure pour rentrer à la maison. De surcroît, il s’agit des cafés algériens pendant le conflit algérien dont on sait qu’il se prolongeait à Metz. Je ne parle même pas des « opérations de séduction »…inimaginables et, encore moins de la découverte de l’érotisme lié aux « rencontres » dans ces cafés. Je ne suis pas certain que les ouvriers algériens de ces cafés avaient quelque chose d’érotique. Nous étions plutôt, B. y compris, apeurés en présence de Nord-Africains (comme on disait à l’époque).
34
Il n’y a pas eu un, mais deux redoublements à l’école. La 6è et la 3è.
35
« Jusqu’à la fin de la troisième, d’autres compositions françaises dénotent une manière personnelle d’inventer des histoires, de rêver. » Je ne sais de quelles compositions il s’agit, puisqu’il n’y a pas plus de deux rédactions de Bernard qui aient été conservées. Il n’en existe pas d’autres.
Ce qui est dit du père Mambrino concernant sa manière d’enseigner le Français, etc. est exact. Mais pas tout-à-fait pour B. Max (le père Mambrino) a été professeur d’anglais pour Bernard. Quant à Shakespeare « dans le texte »…
37
Les activités d’équipes intéressent Bernard. Il s’investit vraiment dans celui des marionnettes dirigé par un « grand » : Poirson, qui dirigeait alors « Les Marionnettes de Metz », compagnie très connue en France et à l’étranger. Une relation entre B. et Poirson, plus tard dans les années 70, n’a pas abouti à un spectacle qu’il aurait pu écrire (j’étais avec B. à Montrouge, à la fin d’un spectacle de Poirson, quand ils en ont parlé).
37/38
Quand j’ai parlé au père Mambrino qui m’avait demandé, peu de temps avant qu’il n’aille à Metz, de lui rappeler des souvenirs, juste avant sa participation au colloque d’octobre 2002, il ne se souvenait plus des répétitions de La Marche. Je lui ai rappelé sa proposition de titre « La lumière vient de la fenêtre », que B. n’aimait pas. En tout cas dans l’esprit de B. qui n’a jamais pris ce « premier titre », cela n’avait rien à voir avec Le Corbusier. (cf.P.70) Il y a ici un ‘’mélange’’ d’informations.
40
Edouard Koltès n’a jamais animé la kermesse de Sainte-Thérèse.
On ne connaîtra pas les idées politiques d’Édouard Koltès ni celles de Robert Comparot. « Ils ne partagent pas les mêmes idées »… Une seule chose est certaine : Comparot était un fervent gaulliste (résistant), Koltès ne l’était pas. Il ne l’était pas, bien entendu, à cause de la guerre d’Algérie, mais depuis bien plus longtemps que ça. Il n’aimait pas De Gaulle depuis Metz : il se trouvaient dans la même caserne (juste avant la guerre). À partir de 58, mon père a toujours voté communiste sans déroger, pour cette raison-là, pensait-on.
Ce n’est pas à cette époque que B. rencontre Madeleine Comparot, mais bien plus tard, au chantier de jeunes d’Oriocourt. (Contradiction à lire P.45). En effet, jamais Madeleine ne vient à la chorale du père Fougerousse, elle est trop petite. À Metz, Madame Koltès et Madame Comparot se connaissent très peu : c’est à Strasbourg qu’elles feront un peu plus connaissance.
B. prend très au sérieux le scoutisme (entre 12 et 15 ans). Il se prépare longuement à sa promesse à laquelle assistent ses parents. Il a participé à deux camps scouts, il vit toute sa jeunesse dans ce milieu.
41
« On raconte que, parmi ses professeurs… » Je ne sais pas qui raconte, mais B. n’a jamais eu que deux professeurs : son oncle (Alexandre Collowald) et Louis Thiry.
Bach, « qui compte le plus avec Beethoven et Chopin ». Je ne sais pas d’où cela sort. Bach, évidemment, Chopin sans doute, mais davantage Schubert, Mozart, etc. Bach était présent pendant toute la période messine, puis à Strasbourg (musique de la pièce Les Amertumes et du film Le Nuit perdue.) À la maison, nous écoutions également Mozart et Chopin que notre mère jouait parfois au piano. Pendant l’Indochine et l’Algérie, notre père nous faisait envoyer des disques de musique classique et de jazz de la Guilde du disque.
Rue de Verdun, « la première fois avec leur père » :
Premièrement, quand mon père quitte l’armée, ce n’est pas en 1961 mais en 1960 Il a voulu démissionner en 1957, alors qu’il était dans la région de Constantine en Algérie, mais il a été ‘’maintenu en activité de service’’ par décision du 27 juin 1957. Cependant, il a pu quitter l’Algérie –et donc la guerre- et il est alors nommé professeur à l’Ecole militaire d’Angers, etc. Il est admis à la retraite le 15 octobre 1960 et nommé au grade de lieutenant-colonel (et non pas de colonel).
Avec les dates données jusqu’ici, on peut voir que ce n’est pas, et de loin, la première fois que les fils vivent avec leur père. Ce qui ne diminue en rien l’impact des absences sur la vie familiale, etc.
42
« L’argent file dans tous les sens, et pas toujours dans le bon. C’est un flambeur. » En quoi est-ce argumenté ? La conclusion semble être, de plus : « Entre ses fils et lui, les discussions sont vives,… ». On dirait que c’est à cause de cela. Quoi qu’il en soit, on aimerait au minimum quelques explications. « Pas toujours dans le bon (sens)…. »
Il n’y a pas de discussions vives, sauf entre Jean-Marie et lui, parfois. Les retours de guerre des militaires ne sont pas toujours faciles, ni pour eux ni pour les autres, et Jean-Marie était l’aîné, celui qui avait pris une place prépondérante auprès de la mère. La relation pouvait du coup être difficile entre lui et son père. Ce n’était pas le cas pour les deux frères suivants.
Quant à la maison « pas gaie », c’était au contraire un lieu où beaucoup de monde passait et se sentait bien, y compris des amis de Jean-Marie, des cousins et cousines. Ils aimaient, alors, la compagnie de mon père (on peut encore en trouver cent témoins). L’ambiance n’était ni triste, ni tendue de manière permanente. Il y avait des problèmes, différents peut-être de ceux des autres familles, mais en tout cas pas davantage qu’ailleurs.
« La bonne tradition catholique » : peu de jeunes étaient abonnés à Kizito, une revue spécifique à l’Afrique.
43/44
: « Les deux aînés font chavirer les cœurs ». Jean-Marie, sans doute. Moi, non. J’aurais peut-être aimé, je ne m’en souviens plus….
On s‘amuse en bande, oui, mais la plupart du temps ‘’à la maison’’. La danse ? Quelques « boums » chez les uns et les autres, pas plus. « S’embrasser, c’était pas pensable » dit Bichette. Elle n’a pas eu de chance, Bichette.
B. était amoureux fou d’une jeune fille que je connaissais bien (non évoquée dans le livre), que Madeleine et d’autres encore connaissaient, une « ravageuse »… B. a voulu se suicider pour elle en sautant de la tribune de l’église Sainte-Thérèse. J’ai dû le ramener à la maison. Il en était très meurtri et pas encore remis quand il a rencontré Madeleine, dont il est tombé amoureux à l’âge de 19 ans passés…
Tous ces copains de la période messine, pourtant très importante (loin de l’ambiance des cafés ‘’arabo-érotiques’’ du livre), ont disparu dans le livre de B.S. En particulier, mais pas seulement, il aurait été intéressant de faire connaître au lecteur les copains et copines du scoutisme, de Saint-Clément, du quartier, entre 16 et 18 ans, les sorties en voiture de sport (l’un des amis en avait une), les virées de frimeurs dans un bar de Metz où le même ami avait sa bouteille de whisky réservée, etc. Il n’y avait rien de triste, à ce moment-là, B. aimait la vie, comme toujours ensuite –malgré une tentative de suicide- et jusqu’à Lisbonne, à quelques jours de son coma final.
J’ai reçu B.S. deux ou trois jours dans la maison de Pralognan, il y a quelques années. Elle la situe en Maurienne. Pralognan est en Tarentaise (il n’y a que deux vallées en Savoie). Elle y a vu une cheminée dont elle affirme plus loin que B. y brûlait les manuscrits qu’il voulait oublier : il n’y a jamais eu de cheminée dans la maison de Pralognan.
45
L’association s’appelait Citadelle (non pas ‘’La Citadelle », cf. Lettres, P.39) à cause de Saint-Exupéry. Nous l’avions fondée à plusieurs copains, dont B. On n’a pas seulement « gravillonné » l’allée, on a construit, planté, etc.
Ici, c’est la première fois que Madeleine Comparot voit B…. (cf.P.40)
51
« …il ne croit pas à cette ‘’révolution.’’ » dit B.S.. En tout cas, cette ‘’révolution’’ se passe au moment où il décide de ne jamais travailler pour un patron, d’abandonner des études qui ne l’intéressent pas, d’abandonner la musique (au sens d’en jouer), de se lancer dans l’écriture pour le théâtre. Ce n’est donc pas une ‘’révolution’’ !
53
« Il passe quinze jours à marcher dans la ville » (New York). Non. Cf. Lettres : arrivé le 17 septembre 1968, reparti le 25 septembre, soit huit jours.
55
L’édition d’Oxford des œuvres complètes de Shakespeare n’est bien entendu pas « bilingue ».
56
« …témoigne de la violence de la rupture, familiale… ». Il s’agit, je pense, de la lettre du 20 juin 1969 (Lettres, P.96) Je ne sais pas où il est question de rupture familiale, ni encore moins de violence. Il s’agit d’un véritable dilemme ‘’cornélien’’, cruel, évidemment insoluble. Peut-être, ici, est-ce un questionnement à sa mère, avec à mon sens, une certaine théâtralité : ‘’-m’en voudras-tu ?’’ Cette question, B. se la pose à lui-même, probablement : ‘’-aurai-je le courage de me consacrer à ma passion ?’’ Peut-être avait-il besoin d’encouragements, peut-être était-il déjà décidé et voulait-il avoir le soutien de sa mère ? Son père était bien plus ouvert qu’elle, en tout cas et, s’il montrait une certaine réticence, je n’ai aucun souvenir de paroles « violentes » entre mon père et B. (nous vivions, à cette époque, ensemble). B. appelle toujours son père « papa » dans la lettre citée, ce n’est pas rien, Et il semble qu’il prenne soin de lui en se posant cette question et en chargeant sa mère de lui transmettre un message. Ce sont, en tout cas, des questions qu’on pourra se poser (je peux d’ailleurs me tromper), mais les lettres écrites aux parents sont suffisamment nombreuses et explicites pour présenter la relation de B. avec son père comme une haine et une dispute permanentes. La difficulté de rapports entre un père et un fils est tout de même une chose commune. Pour B., elle a été ponctuelle et provisoire. Il n’y a qu’à lire ses lettres aux parents. Il n’y a qu’à lire une des seules lettres adressées spécifiquement à son père, en mai 1976, peu de temps avant sa mort en juillet, où il lui parle de Marx, du stage qu’il fait à l’école du Parti à Chambéry, et de son roman. L’aurait-il fait à un père qu’il haïssait ou qui ne pouvait le comprendre ?
Et surtout, quand il écrit à sa mère, B. parle à quelqu’un dont il n’attend pas de réponse : il fait une sorte de point sur lui-même. Presque toujours.
57
Quand Jean-Marie a dû faire son service militaire, mon père n’a pas aimé, sans doute, que son fils se fasse réformer au prix de séquelles physiques graves. Mais je pense que c’est surtout ma mère qui en était émue. Mon père n’a rien fait pour empêcher Jean-Marie d’agir, à ce moment-là, comme il le voulait. En tout cas, pour ce qui concerne mon propre ‘’service militaire’’, mon père a menacé le colonel de ma caserne qui me laissait crever à l’infirmerie alors que je faisais une grève de la faim. Cela ne me semble pas une évidence pour un ancien officier. Quand B. a été exempté du service, mon père a été soulagé.
61
Madeleine, rue de l’Arc-en-ciel : non, Madeleine a pris ma succession dans cet appartement en septembre 1971. C’est chez moi, avenue de la Forêt-Noire, qu’on préparait « Les Amertumes » et, pendant ce temps-là, Madeleine habitait chez ses parents.
Louis est de Dunkerque, pas de Marseille, mais les deux villes sont au bord de la mer.
62
« L’association des Amertumes » n’a jamais existé. C’est une invention. Le temple Saint-Nicolas, sur le quai de l’Ill, c’est exact. Est encore plus juste le fait que la pièce est jouée pour la première fois au Théâtre du Pont-Saint-Martin, dont la porte ouvre directement sur le quai de l’Ill : c’est le quai qui donne son nom au groupe, sans qu’il y ait jamais eu de ‘’compagnie’’ au sens où on le dit aujourd’hui.
65
L’église Saint-Nicolas n’était pas désaffectée. D’ailleurs, plus loin on raconte que nous étions obligés d’enlever les décors pour les offices ou les enterrements.
67
B. travaille, cet été-là, trois semaines dans le bar « Le Chardon bleu » (au singulier), puis quatre semaines à l’hôtel du Grand Bec. A Pralognan.
69
B. ne lit pas Saint-Jean-de-la-Croix à cette époque. C’est plus tard, au cours de l’hiver 1972/1973, qu’il a lu ce livre dans une édition ancienne qui se trouvait dans la maison de Pralognan, depuis quelques jours….
70
Pour le titre de La Marche, voir P.37/38.
71
« …il a douté et son texte a manqué se retrouver dans un tiroir, comme tant d’autres. » Qui a le souvenir de cela ? Pièce écrite en très peu de temps et immédiatement travaillée en répétitions et jouée… Quant à « comme tant d’autres » :
1. Il n’y en a pas eu « tant » qui ont été jetées (deux ou peut-être trois) ; 2. Les autres pièces (avant La Nuit) ont été conservées et se trouvaient pour la plupart dans ses affaires le 15 avril 1989. (cf. aussi P.84)
L’apparition, tout à coup, de Mario Barradas, comme un scoop… Qui en a le souvenir ? Lui, en tout cas, se souvient parfaitement de B., apparemment.
72
James Dean et Marilyn, au début des années 70 ?
Quelles « histoires d’amour et d’amitié vont et viennent » ?
76
Saint-Jacut-de-la-Mer est sur la Manche.
L’armée l’a réformé (B.) « sans que l’on sache vraiment pourquoi ». J’étais moi-même en train d’avoir des problèmes à l’armée, Jean-Marie avait été réformé quelques années plus tôt, c’était une bonne raison. Mais la véritable raison est que son père était intervenu. Les parents de B. étaient venus voir le spectacle, peut-être à Perros-Guirec, et ils avaient trouvé leur fils extrêmement maussade. Ceux qui étaient en Bretagne à la fin de la tournée du Théâtre du Quai, se souviennent de la joie de B. quand il a reçu une lettre de son père lui disant qu’il était exempté du service militaire, et qu’il n’avait pas besoin de prendre le bateau pour fuir en Amérique. B. en était très reconnaissant envers son père. Dans la voiture du retour à Strasbourg, Jean-Louis, Bernard, Elisabeth et Madeleine chantaient à tue-tête : « Comme les rois mages, en Galilée… ».
80
« Ainsi Bernard-Marie Koltès parle-t-il à sa mère de son homosexualité. » écrit B.S. (Lettres, p.168, 12 février 1972), La note sténographiée de ma mère, citée par B.S., publiée dans les Lettres de Saint Clément et d’ailleurs, ne justifie pas ce que B.S. en dit. Il n’y a pas d’évidence. Quand sa mère dit : « ta profession de foi », « si j’avais encore quelques doutes, ils sont dissipés », c’est être vraiment réducteur que traduire par « j’ai compris, tu es homosexuel » ! Les mots ‘’profession de foi’’ sont essentiels pour une femme très attachée et, en même temps très troublée -elle a douté toute sa vie- par la profession de foi : un engagement difficile (le problème de la profession de foi chrétienne pour un engagement de la vie s’est posé pour son frère aîné comme pour sa soeur religieuse). La ‘’profession de foi’’ doit être bien plus élevée et exemplaire que ce qui en est dit dans le livre de B.S.. Pour ce qui concerne son fils, elle l’a lue dans sa lettre, elle sait l’engagement et ce qu’il peut engendrer : elle concerne d’abord une vie…d’écrivain !
84
Le « toute sa vie, … », redondant, souligne que la publication des textes pre-La Nuit n’était peut-être pas justifiée. On pense alors à la multitude de textes que, toute sa vie, B. aurait brûlés, comme un geste rituel, dans la cheminée de Pralognan…
85
Il n’y a pas que Gignoux qui ait lu la lettre aux évêques de France. J’ai lu cette lettre, et d’autres encore.
88/89
Alain Jeannenot « repéré dans la rue » par la « bande » du Théâtre du Quai. La réalité est qu’il fréquentait les cours d’Histoire de l’Art à l’université et que c’est là qu’on l’a rencontré.
90
Deux techniciens (cameramen) de l’ORTF Alsace ont travaillé sur le film (principalement Bernard Imbs). Ils sortaient de la télévision du matériel de reportage dont aucun membre de la troupe n’aurait su se servir et, bien entendu, qui n’aurait pas pu être « prêté ».
Madeleine n’est pas rousse mais châtain très clair en hiver, presque blonde en été. De même, elle n’a pas les yeux verts : ils sont bleus.
91
On n’a jamais recommencé dix fois les prises. C’est faux. Tous les rushes du film ont été conservés et l’ensemble de ceux qui n’ont pas été utilisés pour le film ne remplissent pas une boîte. Deux prises, c’était exceptionnel. Sans doute faisait-on beaucoup de répétitions. La manière dont est présenté ce tournage est fausse. Je ne crois pas qu’il y ait eu des tiraillements entre ceux qui voulaient continuer et ceux qui voulaient arrêter. B. décidait, et les autres faisaient ce qu’il disait. Il n’y a pas de moment où B. en a assez. Le tournage a été terminé, il n’y avait rien d’autre à tourner (voir le script et la pièce Récits morts). Ensuite il y a la postsynchronisation qui dure plusieurs jours, aux studios Thomsel à Strasbourg.
Il ne laisse pas ses camarades se débrouiller. Le projet du voyage en Russie avec Alain Jeannenot était déjà planifié, et il ne voulait (ni ne pouvait) le modifier. Il a laissé Madeleine seule, oui, avec des instructions de montage. Au retour de Russie, il y a eu une projection chez Thomsel avec des invités (dont sa mère et son père). C’est plus tard, quand il voit qu’il ne peut pas aller plus loin (il est en partie déçu par le film et il y a trop de dettes) qu’il abandonne le film que Madeleine récupère, puis moi-même au Viseney où il restera des années stocké dans un grenier et me suivra ensuite à Paris. En 1988, B. me demande à voir le film. Il fallait d’abord faire un minimum de restauration. Cela a pris trop de temps. Il ne l’a pas revu.
Pour le permis de conduire, nous n’avons pas reculé : j’ai passé l’épreuve, je l’ai réussie, mais au moment où, dans la voiture, l’examinateur remplissait le permis provisoire, un moniteur d’auto école lui a demandé s’il avait vu Bernard Koltès. L’autre a répondu en me désignant à côté de lui. L’arnaque a été découverte. J’ai eu beau prétendre que j’étais B., il a fallu quitter la scène tandis que, dans le doute, l’inspecteur déchirait mon beau papier rose. L’histoire est plus drôle (et vraie) comme cela que comme elle est relatée dans le livre.
92
« Ce n’est pas la seule fois… » Je ne sais pas de quoi B.S. parle ni quand cela a bien pu marcher… Il n’y a pas d’autres fois pour ce qui me concerne.
93
« La Mercedes…à cause des crevaisons ». Ce ne sont pas des crevaisons, mais des accidents et autres pannes de moteur bien plus graves. Dans ce livre, on ne raconte pas le voyage : par exemple l’accident dans la neige avec le camion, l’obligation de loger dans un kolkhoze, le retard dans les commissariats, etc. C’est en partie dans les Lettres. Ce voyage avait tellement impressionné B. : il se sentait proche de la Russie de Dostoïevski. Et manquent ensuite la Finlande, la Suède…
Principalement, sont oubliés la rencontre avec l’œuvre de Rublev, dont il avait longtemps, au-dessus de son lit, quand nous étions dans la même chambre à Metz (rue de Verdun), puis dans notre chambre d’enfants à Pralo, une reproduction de l’icône des Trois Anges (ou de la Trinité) de Moscou. Qui est d’abord la représentation des trois étrangers reçus par Abraham et Sara. (Accessoirement, je lui avais rapporté cette reproduction de Rome -j’avais 13 ans-, d’un voyage de petits chanteurs où il n’avait pas pu venir pour cause de grippe. Rome où j’avais visité une expo d’icônes de Rublev…Il n’est jamais question des « pueri cantores » ou de la chorale « À Coeur Joie » où chantait aussi B…).
Oublié le film réalisé par un autre Andreï, sur le Saint-Moine-Andreï-Rublev, vu par B. en 69, et revu, revu (je ne l’ai vu que trois fois avec lui…). Longtemps après encore, B. a vu ce film le 4 novembre 1977 avec sa mère.
Oubliée la rencontre avec le communisme réel, terre à terre, dans la campagne, dans Moscou, etc. qu’il trouve génial. Nous nous souvenons des rues qu’il racontait, vides de publicité, vides de bagnoles, etc.
95
« carreler » la laine ? Sans doute B.S. veut dire « carder ».
98
Il n’écrit aucun autre texte que La Fuite et, bien entendu, on est très loin des « trois années » évoquées ici.
100
amours et amitiés : cf.P.72
Où étaient cachées les pièces de jeunesse (qu’il avait toutes jetées) qu’il donne à Claude Stratz (et seulement à lui, pas à des proches) à la fin de sa vie ? La fin de sa vie, non. C’est en 1987 (au printemps, je crois, ou à l’automne au plus tard, puisque nous étions en chemise à la terrasse du Saint-Jean, place des Abbesses, rendez-vous habituel, quand B. les a données à Stratz. Sauf Le Jour des meurtres dans l’histoire d’Hamlet que B. n’avait plus, effectivement, et que Claude m’a demandé, beaucoup plus tard, en 2006 ou 2007).
103
Encore l’inadmissible et injustifiée « possible prostitution »… puisqu’il n’y a pas le premier élément de preuve.
108
B. connaissait Léon depuis 1953. La relation avec Pralognan datait de sa (notre) prime enfance. Je n’ai jamais entendu le surnom de Dahu.
En revanche, il manque tant de choses importantes sur Pralognan : par exemple, les vacances avec nos cousines (celles de Montigny-lès-Metz qui étaient comme nos sœurs, les ballades en montagne avec Jeannette –la soeur de Germaine qui deviendra religieuse après avoir été institutrice au Maroc et secrétaire à Metz- et Nicole (cf. Lettres) –à peine évoquée dans le livre de B.S.- qui, toutes deux auront longtemps après l’enfance de B., une place importante dans sa vie, singulièrement à Paris. Bien entendu Nicole, dont on pourra lire dans les Lettres la place prépondérante qu’elle occupait. Mais aussi, Jeannette et les discussions entre elle et B., dans les années 70 à Paris, sur l’engagement spirituel.
110
B.S. évoque Lip (on disait Les Lip, l’un des premiers grands ‘’combats’’ social de la décennie, l’usine de montres de Palente à Besançon qui se transformera en coopérative des ouvriers) en ne disant pas que Jean-Marie y chantait régulièrement au point de devenir la mascotte chantante des Lip. Et si elle ne dit pas cela, elle ne dit pas non plus que B. y est venu plusieurs fois également (ainsi les 3 frères se sont retrouvés souvent à ces occasions, puisque j’habitais non loin de Besançon). Les Lip ne sont pas inutiles dans le parcours également politique koltésien : Mai 68 + Russie + Lip + Nicaragua.
Le Nicaragua est d’ailleurs zappé (sauf quand B. fait le voyage à cause d’un « amant »…). Seule l’Huma rendait compte de ce qui s’y passait (très rarement Le Monde, sauf à partir de 69). Après les premières opérations du Front Sandiniste de Libération Nationale en 67 (région de Matagalpa), en 69 est établi le programme révolutionnaire en 14 points du FSLN, puis les premiers accrochages à Managua avec la Guardia Nacional. L’ampleur donnée par les médias nicaraguayens (au service du pouvoir –Somoza-) à la capture d’un groupe du Front dans la capitale, se retourne contre le pouvoir somoziste et la population commence à soutenir vivement le Front. La lutte va s’intensifier jusqu’à octobre 76 où la branche insurrectionnelle (le Front s’est scindé en 3 groupes) lance une grosse offensive qui se transformera en véritable guerre de rues dans tous le pays (auparavant, c’était davantage dans les forêts et dans la campagne). Ces évènements ont été relatés dans l’Huma, suivis par B. depuis au moins la fête de l’Huma de 76 (il y avait un stand du FSLN) Puis les fêtes suivantes (en 77, Jean-Marie y chantait, etc.). La liste peut être extrêmement longue des causes qui ont pu faire prendre à B. cet engagement politique (mais pas seulement lui, d’autres copains et copines qu’il y a entraînés). Ce n’est pas seulement Gignoux qui est le déclencheur.
L’opposition frontale au père reste dans des termes, parfois durs, mais de discussion. Comme pouvaient être ceux que mon père utilisait quand, en pleine guerre d’Algérie, il s’enfermait dans une chambre avec une amie de ma mère, Simone Haux (Témoignage Chrétien) pour s’engueuler au sujet de l’Algérie, définitivement à chaque fois. Nous avions des copains de notre âge, fils de militaires, qui étaient en guerre totale avec leurs pères… cela n’a jamais été le cas avec mon père (sauf Jean-Marie, pour ce qui en est dit plus haut. À lui de le dire…)
J’ai rencontré cet été à Avignon une femme qui, dans la période strasbourgeoise des Koltès, était une très jeune collègue de mon père aux Forges de Strasbourg. Elle m’a raconté que mon père lui parlait beaucoup de B. (ils étaient censés, selon B.S., s’étriper). Comme elle était de notre âge, mon père cherchait conseil auprès d’elle : il lui a donné à lire Les Amertumes, puis La Marche, etc. Il attendait toujours avec inquiétude son avis. Puis les textes circulaient dans certains bureaux. Elle m’a témoigné de la fierté qu’avait mon père à propos de B. et, en même temps, de l’inquiétude qu’il pouvait avoir pour son fils. Voici un exemple de témoignage que je n’ai pas recherché, mais qu’un biographe aurait pu trouver.
112
La maison de la Valette était la maison natale de la mère de ma mère.
Mon père n’est pas mort de son infarctus, mais faute de soins lors d’une phlébite qui a suivi.
113
Mon père avait déjà lu Marx (le Capital et d’autres livres étaient dans sa bibliothèque). C’est pourquoi, B. lui demande de le relire.
124
B.S. oublie Mathilde Labardonnie, jeune journaliste (article qui se trouve conservé à la Maison Jean Vilar, à Avignon).
Madeleine n’a jamais tenu la caisse à l’entrée ! Elle est venue un seul soir, presqu’à la fin, pour voir le spectacle.
126
Après le TEP à Paris, Moni Grego prend la suite pour faire répéter Yves Ferry. Pierre-Etienne Heymann propose une production et accueille le spectacle à la Rose des Vents à Villeneuve d’Ascq. Tournée autour de Lille. Cyril Robichet reprend le spectacle au Théâtre du Nord à Lille en mars 79. Il est joué durant une semaine avant la mise en scène de Jean-Luc Boutté au Petit Odéon à Paris.
127
Depuis son retour de Pralo, …où il est inscrit à la cellule… cf. P.109 : « Quand en 1976, il entre au PCF… » et cf. p.128 : « Après la cellule Fanny-Dewerpe, à Paris, Koltès a rejoint la cellule de Bosel (Bozel, en réalité)…en 1978. On ne sait plus quand il entre ici ou là au Parti Communiste.
128
« La Nuit est à entendre au sens du PC, mais aussi au sens du camarade de rencontre, de sexe et de deals. Koltès aime que les mots aient une épaisseur. » ( !) Le ‘’syndicat international’’ « au sens du PC », c’est une vue rapetissée. Et le sexe, encore le sexe, également.
140
On sait très bien comment et pourquoi il est tombé dans un égout à Lagos. Si vous mettez un jour les pieds en Afrique, dans une ville comme Lagos par exemple -en tout cas à cette époque-, vous verrez qu’il n’y a aucun éclairage depuis 6 heures du soir jusqu’à 6 heures du matin, c’est-à-dire toute la nuit. Les égouts sont tous à ciel ouvert. Résultat : vous risquez de vous faire mal.
B. avait été violemment atteint dans sa chair, la dernière nuit noire avant le départ, à la merci des gens qui l’ont recueilli, lavé, etc., et il a fallu beaucoup de temps en France pour que la blessure guérisse (C’est encore Nicole qui l’avait pris en charge). Cet accident a marqué B. de manière forte.
À propos de cette pièce, (P.159) le chien Toubab sur lequel il y aurait sans doute mille choses à dire, prend chez B.S. pratiquement la place du corps du frère d’Alboury. Le chien prend la place du Nègre. Toubab-Milou devient le centre de la pièce. Comme disait B., faisons l’économie de la pièce.
146
Encore : « un amant nicaraguayen ». Bon, peut-être. Quoi qu’il en soit, une réduction à peu de choses du projet de voyage…
147/148
L’hôtel Intercontinental (l’ancien) se situe à 10km de l’aéroport. Il ne se veut pas « l’hôtel chic », il l’est, et il est le seul à cette époque. « L’Interconti », tous les Nica vont rire : on dit « l’Intercon ».
Au sujet des lettres de B. et de ce qu’écrit B.S., j’ai rencontré récemment à Managua plusieurs Nicaraguayens, des anciens ‘’révolutionnaires’’, un médecin, des universitaires, une Française qui vit au Nicaragua depuis plus de 50 ans, qui m’ont parlé des journées d’août. Très précisément. Tous sont d’accord. Au moment où B. était à Managua, l’ambiance était forte, mais il n’y avait pas de combats en ville. Ils se déroulaient dans d’autres villes du Nicaragua. Quelques escarmouches ont eu lieu dans un quartier éloigné du centre, très circonscrit, que B. de toute façon n’aurait pas pu visiter parce que la Guarda Nacional l’encerclait. La trouille dont parle B. ne vient pas de contacts directs avec des combats, mais probablement de la tension dans l’air. L’ambiance des lettres écrites de Managua semble calme. B. écrit qu’il fait un peu de tourisme.
B.S. parle du coup de main du 23 août. ? De même du week-end des 27 et 28 août (le 28 est un lundi) (là, Le Monde parle de deux morts…). Quoi qu’il en soit, ma rencontre de juin dernier m’a conforté dans l’idée qu’une enquête réelle au Nicaragua sera nécessaire pour connaître la part de vérité des faits, et la part ‘’littéraire’’ dans ce que raconte ou écrit B. de Managua ou du Guatemala concernant Managua.
Victor n’est pas le titre d’une des deux nouvelles. Comme ne l’est pas le titre inventé P.151 : Moustiquaires ordinaires. Il n’y a pas de titres, et ce n’est pas une erreur (« publiées sans titre »…). Les deux nouvelles sont numérotées. II et III (cf. Lettres P.376). Il y a, il est vrai, une erreur de numéros dans l’édition, de ma faute…(I et II, au lieu de II et II) Voir la lettre de B. à Evelyne Invernizzi auxquelles étaient joints les textes (publiés dans Prologue – Minuit) et des notes.
153
C’est San Pedro la Laguna. Pas « de la Laguna ».
« Avant de quitter Paris, etc. » Non : dans une longue lettre écrite de San Pedro La Laguna le 27 octobre 1978 (Lettres P.384), B. m’explique comment on peut faire une arnaque aux Travellers Cheques. Première nouvelle pour moi, et B. lui-même vient de découvrir cette possibilité. Il m’explique tout le procédé. Cette lettre est longue, très explicite.
Je l’ai donc faite, cette arnaque. Et cela a parfaitement marché.
« Une amie provisoire qui lui sert d’agent »… Evelyne Invernizzi est la récipiendaire unique et privilégiée de très belles lettres, et de ces deux nouvelles dont B.S. parle. Grâce à Évelyne (et à la poste guatémaltèque), ces deux nouvelles sont publiées. Il n’y a aucun autre exemplaire de ces textes, à cette époque, puisqu’ils étaient manuscrits.
154
Si B.S. connaît des carnets et des notes de B., qu’elle les fasse publier, « pour une étude de toute première main », on s’en réjouira. Pour ma part, je ne connais qu’un carnet, celui de la fin de sa vie. Quant aux notes de Combat, on pourrait en faire profiter tout le monde ou, du moins citer les sources, ou du moins, dire qu’on les a vues chez un ami qui veut garder l’anonymat. Ou alors ne pas en parler.
163
La Dispute, de Marivaux, a été mise en scène par Patrice Chéreau à Villeurbanne en 1973. C’est là et cette année-là que B. l’a vue. Puis il l’a revue quelques années plus tard dans un théâtre sur le boulevard Saint Denis à Paris, lors de la reprise. Il n’y a pas de légende : B. a vu deux fois La Dispute : à Villeurbanne et à Paris.
173
« Continuez à travailler » ou « Banco ! ». Qui a pu dire cela ? B. ?
182/183
« Pierre Audi et lui n’en ont pas trouvé de meilleur. » Ce n’est en tout cas pas B. qui n’a jamais compris pourquoi on ne traduisait pas le titre tout simplement. Il doit y en avoir un meilleur : ‘’The Night just before the forests’’, par exemple.
184/185
Stefani Hunzinger, l’agent allemand de B. et de Fugard pour l’Europe, a demandé à B. de traduire la pièce. (Cet agent n’est pas dans la biographie : elle était une amie de B. et elle a été témoin privilégié des ‘’affaires’’ de Noirs et d’Arabes en Allemagne… Elle est disparue aujourd’hui.)
186/187
B. ne passe pas par hasard dans le film de Chéreau. Cela était programmé. Il était convoqué pour le tournage. La scène où est B. a été répétée plusieurs fois.
B. ne détestait pas ce film. Ce n’était pas son univers.
« Koltès sépare tout aussi résolument son théâtre de sa vie privée, de ses pratiques et de sa maladie ». Quelles sont ces ‘’pratiques’’ ? Peut-être est-ce que cela veut dire ‘’l’homosexualité’’ ou ‘’la prostitution’’ ?
188
Oui, B. n’aimait pas le titre américain de Combat de Nègre et de chiens, ‘’Come Dog, Come night’’. Mais il n’a pas ‘’fait changer’’ le titre pour la publication. Il a détesté la mise en scène et je ne suis pas certain qu’il se soit bien entendu avec Kourilsky, au point de « ricaner comme des mômes ».
193
Les répétitions ne se terminent pas « souvent là, » au Petit Robert. Pratiquement jamais. C’est plutôt à La Cloche d’Or, près de la place Blanche. On n’a pas de réel témoignage de Henri, du Petit Robert. Dommage, c’était un lieu où B. passait tous les jours, au temps de la rue Cauchoix.
197
On raconte la prostitution dans les Algeco. Puis on dit que ce n’est pas vrai… mais on reprend régulièrement le thème dans tout le livre. Peu importe qui a raconté cela à B.S. D’ailleurs, B. l’a peut-être fait ? Cependant :
1. Il faut établir des preuves ou des recoupements de témoignages avant de publier une telle chose.
2. On ne peut la publier en disant « untel m’a dit que B. lui avait dit… » et ensuite dire que c’est facile pour untel de dire cela comme un secret qu’il serait seul à connaître. Ainsi, B.S. croit se couvrir. Le procédé est très presse people. En l’état, c’est scandaleux (comme l’est ce qu’elle dit de mon père : les maîtresses, l’argent du flambeur, etc.). « Il a très bien pu le faire comme beaucoup ces années-là,… ». Beaucoup d’homosexuels ?
Jamais B. n’a dit cela à Claude Stratz. Mais, vue la manière dont ce fait lui avait été présenté, il a répondu de manière très intelligente : si B. s’est réellement prostitué, cela a une autre dimension.
- Je regrette par dessus tout d’avoir évoqué l’anecdote de l’algéco. Mais jamais je n’ai parlé de prostitution dans les algécos.
Très vite je me suis rendu compte que ce que je révélais et qui pour moi était de l’ordre de l’expérience mystique, une sorte d’aventure extrême,
ne relevait en fait que de la vie privée et que ce n’était pas à moi de raconter ça. Je n’ai aucune preuve de ce qu’il m’a raconté.
J’ai très vite envoyé à Salino un mail où je lui demandais expressément de ne pas se servir de cette partie de mon témoignage.
Je lui ai fait valoir que rien ne prouvait ce que j’avais dit autour d’un verre, que ça pouvait être une fiction, un fantasme inventé, pourquoi pas ? par Bernard lui-même, pour me choquer peut-être, ou crâner, ou je ne sais quoi, en présence de Moni Grégo, avec qui nous dînions ce soir-là. Était-ce une provocation envers notre relation ?
Salino a refusé. Elle m’a montré plus tard ce qu’elle avait écrit, les phrases étaient assez laconiques, effleuraient la question. Je m’attendais à pire mais j’ai réitéré ma demande de silence là-dessus.
Elle a refusé de ne pas croire à ce qui même pour moi relève encore d’une interrogation. Je l’ai retrouvée cet été à Avignon pour une émission diffusée en direct sur France Culture. Après l’émission, elle m’a demandé de venir boire un verre avec elle. La première chose qu’elle m’a dite une fois assis tous les deux à une terrasse, c’est qu’elle désirait que je revienne sur mon désaccord. Je lui ai dit que je n’avais pas le pouvoir d’empêcher qu’elle écrive ce qui – je le lui ai encore répété – relevait peut-être d’une provocation ou d’une fiction, que rien ne vérifiait, mon témoignage lui-même pouvant être mis en doute, mais que je regretterais toujours toute ma vie de la lui avoir racontée. Cela ne l’a pas ébranlée.
Yves Ferry
Nous sommes plusieurs à regretter la confiance que nous avons accordée à B.S.
À propos d’Algeco, peut-être y a-t-il confusion avec les ‘’chambres noires’’ des bars de la rue Sainte-Anne. B.S. connaît-elle cela ? Mais il n’y avait pas de prostitution dans ces lieux que fréquentait B.
199
Il n’y a pas de reggae dans les pièces de B. (sauf la citation de B. Spear). C’est dans les mises en scène de Chéreau…
214
Certains copains ont peut-être oublié la terrible soirée au Petit Robert (invités par B.), en sortant de Nanterre : la critique acerbe qu’en ont faite l’un ou l’autre un soir de première, etc. Ma mère en pleurait ensuite et je pense que B., qui avait fait venir ses copains de Strasbourg, a été blessé.
216
Momo n’a pas travaillé sur les décors, mais sur la construction de la scène.
225
Il n’y a aucun dossier de brouillons de Quai ouest à l’IMEC. Je ne sais ce que B.S. y a vu.
B. ne donnait pas ses manuscrits à lire au fur et à mesure. Il a donnés la totalité de ses brouillons à Claude Stratz le jour de la première. Peu de gens les ont vus, en tout cas pas B.S…
228
B. n’est jamais allé à New York à la fin des années 70.
230
B. a écrit un scénario (Nickel Stuff) de son propre gré, sans que personne lui demande quoi que ce soit.
Que je sache, jamais ses proches n’ont appelé B. ‘’Bmk’’.
231
C’est Stratz qui a proposé le texte sur Bruce Lee aux Cahiers du Cinéma.
237
« Koltès garde pour lui les droits de représentation ». Il n’a jamais été question de laisser les droits à Lindon (Editions de Minuit), qui ne les a jamais demandés.
240
Koltès voit Pierre Audi en cachette ?
Le joueur de poker qui « dans le cas de Koltès » (veut) « coucher avec lui (l’autre).» Serait-ce le véritable sujet de Dans la Solitude…
242
Ce n’est pas François Regnault qui rejoint B. chez Ron Frazier à New York, c’est François Koltès.
P.243 : l’idée d’une pièce sur Job est venue à la fin de la vie de B. À la toute fin.
« On a beaucoup raconté que Koltès lisait Jacques le Fataliste, de Diderot, quand il écrivait Dans la Solitude des champs de coton. Ce n’est pas sûr du tout, même s’il est confortable de le penser. » C’est certain : il lisait Jacques le Fataliste à ce moment-là.
‘’Heiner Müller et B. sont proches’’. Premièrement, B. était intéressé et attiré, autant qu’il avait beaucoup de respect pour des gens comme Heiner Müller, écrivain connu. Mais Heiner Müller et lui ne se sont pas vus souvent. Je dirai une fois : toute un après-midi, puis la nuit qui a suivi à pocharder sur les quais de la Seine, parlant sans se comprendre, l’un en allemand, l’autre en français. Leur relation s’arrête là, mais c’est là que la décision a été prise que Müller traduirait Quai ouest, avec toutes les conséquences cocasses qui ont suivi et qui sont connues. Ce passage sur les quais de Paris n’en reste pas moins important.
244
La lecture de textes dont B.S. parle à propos des ‘’fiches’’ n’a pas duré longtemps. Il n’en « reste » pas seulement une douzaine : il n’y en a jamais eu d’autres. Ces fiches étaient encore visibles à Nanterre en 1997. Claude en avait une copie, et ce n’est pas le seul.
247
Le décor de Peduzzi était presque entièrement extérieur. Il y a d’abord la grande façade du hangar à cour, puis le quai et l’eau, puis les conteneurs (d’abord à jardin) qui se promènent : tout cela extérieur. Et un mur en béton qui, tout à coup, peut transformer l’espace en intérieur.
Au Peter Rabbit, il n’y avait pas de comptoir !
252
Sur les remarques de Chéreau : « sur ces deux points, Koltès ne cède pas. Il tirera les leçons de ces remarques plus tard. Et tout seul. » On attend de savoir ce qu’il en a tiré, quelles remarques ont été faites, ce qui a été transformé dans ces textes.
256
À propos de Jean-Marie : « Bernard, François et leur mère ont décidé de le protéger ». C’est faux. Pour quoi faire ? Aucune discussion à propos du sida entre ma mère, B. et moi, jamais.
258
Les deux dates sur son mur ‘’naissance et mort’’ : jamais vu. Qui a vu cela ?
259
Patrice Chéreau fait des coupes. Lesquelles ?
Qui a vu le magnifique spectacle de Chéreau, jamais n’a vu la Jaguar sur le plateau. Moi, en tout cas, j’ai vu le spectacle et pas de Jaguar.
267/268
« La tête d’obsidienne », objet pour touristes, sans intérêt, que Carlos a offerte à B., n’a rien à voir avec la tête dont B ; parle dans Home (Prologue, Minuit, p.120) question qui était dans la chambre de B. et qui a bel et bien existé. Cette tête, avec de véritables cheveux, est une tête ‘’réduite’’, vraie ou fausse, mais réelle. L’explication donnée par B.S. d’une tête en obsidienne « très ressemblante(s) et évidemment fausse(s), avec de vrais cheveux… » qui serait pendue au cou des Indiens, etc., puis qui devient une tête en peau d’animal (P.268) est non seulement confuse, mais fausse. B. n’en a pas « fait une vraie histoire » : partant d’un objet ayant réellement existé, c’est une vraie histoire d’écrivain.
Les preuves de l’existence de cette tête ‘’réduite’’ sont multiples : elle a été déposée chez moi pendant un long temps, et celle qui a cherché une cloche pour la protéger est là pour témoigner, et Madeleine Comparot, et tout un tas de monde.
273
On n’ignore rien du titre Prologue. B. voulait écrire un roman et le texte qui est resté était le prologue de ce roman, avant le chapitre I, le chapitre II, etc. qui n’ont pas été écrits. Ceci est certain. C’est moi-même qui ai choisi ce titre comme une évidence. (B.S. ne m’a pas entendu). Bien entendu, ce n’était certainement pas le titre que B. aurait choisi.
274/275
Est-il possible que B.S. pense que Prologue se passe en Afrique ?
B. n’aimait pas Quartett. Il n’aimait pas le théâtre de Heiner Müller. Ils ne sont jamais devenus amis. Mais cela permet d’évoquer un thème : deux écrivains devenus amis, chacun d’un côté du « rideau de fer » de « l’Europe divisée ». Le reste coule de source.
279
Chéreau : « Deux mois avant sa mort, il m’a fait une cassette de Bartok ». Deux mois avant sa mort, B. était incapable de faire quoi que ce soit de ce genre, et encore moins d’écouter de la musique, et encore moins Bartok ! Il est possible que Chéreau se trompe de date et de musique. Mais on lui fait dire tellement de choses qui nous paraissent bizarres… Ou qui n’ont pas été ‘’écrites’’ après les entretiens.
Il n’est pas le seul dans le livre.
284/285
B. n’est pas à l’hôpital pour une chimiothérapie. Personne ne peut l’appeler, personne ne sait où il est. Il est alors à Pasteur où Luc Montagnier essaie pour la première fois, avec son accord (j’étais dans le bureau du professeur), une nouvelle thérapie. (Luc Montagnier a isolé le virus du sida il y a peu de temps).
Patrice Chéreau se trompe-t-il ? Il n’a pas appris dans un restaurant que B. avait « un cancer ». B. l’avait invité chez lui (j’y étais) pour lui annoncer qu’il avait le sida. Patrice Chéreau avait quitté l’appartement complètement abattu.
« …tout son théâtre, peut se lire à travers le prisme de l’homosexualité,… » Rien à ajouter.
292
Quelle tumeur sur la jambe ?
295
De faux certificats ? Lesquels ? Je conserve le passeport et le carnet de vaccination de B. Tout y est en règle.
303
« ..et soutient François Mitterrand ». B. n’a jamais signé aucun soutien.
323
La rue Eugène Carrière n’est pas plus haut à Montmartre, mais plus bas, dans les Grandes Carrières.
324
J’ai fait porter le texte de Zucco à Chéreau, quelques jours après la mort de B. (Celle qui lui a remis ce texte en mains propres ne peut l’oublier). Avec un mot disant : « toi seul peut monter cette pièce ».
B. m’avait demandé de le faire, à Lisbonne, quelques jours auparavant.
328
B. ne voulait pas modifier des passages de l’émission, il voulait qu’elle soit refaite.
330
Voir les comptes de B. (Banque Morin-Pons) pour savoir quand et qui s’est occupé des billets, etc.
332
« Maman, je suis pédé, j’ai le sida ». Ouf ! Impossible.
333:00:00
Où est ma mère ici ? Elle était présente, et B. lui demandait chaque jour de ne pas partir, depuis le Portugal jusqu’à son coma final. Elle était exceptionnellement rentrée se reposer à l’heure où B. est mort. L’absence exceptionnelle de sa mère et la présence solitaire de Madeleine sont des faits suffisamment importants pour qu’ils soient tronqués.
Malheureusement, tout le livre est « un temps de chien », quelque chose de désespérant, extrêmement éloigné de la soif et de l’amour de la vie qu’avait Bernard-Marie Koltès, amour de la vie qu’il transmettait à ses proches et qu’il a heureusement légué à ceux qui le lisent.
Ce jour-là justement, le jour du cimetière Montmartre, il ne fait pas un temps de chien. J’y ai vu un ciel bleu, parfaitement bleu.

Exposition

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panneau 1

titre : Retour de voyage – Bernard-Marie Koltès

texte : (…) Cette terre, j’ai monté la garde sur ses frontières, j’ai marché des nuits entières, l’arme à la main, l’oreille aux aguets et le regard vers l’étranger. Et maintenant on me dit qu’il faut me coucher sur ma nostalgie et que ce temps est révolu. On me dit que les frontières bougent comme la crête des vagues, mais meurt-on pour le mouvement des vagues ? On me dit qu’une nation existe puis n’existe plus, qu’un homme trouve sa place et puis la perd, que les noms des villes, et des domaines, et des maisons, et des gens dans les maisons changent dans le cours d’une vie, et alors tout est remis en un autre ordre et plus personne ne sait son nom, ni où est sa maison, ni son pays, ni ses frontières.

Le Retour au désert

panneau 2

titre : Metz – Lorraine déchirée

légendes : Gravelotte 1870 Soldats allemands défilant sur l’Esplanade de Metz – 1914 Défilé des soldats français dans Metz – Novembre 1918

texte : 1 Après la chute de Metz en 1870, la ville devient allemande (Traité de Francfort, 1871), jusqu’à la victoire de 1918.
C’est une place militaire importante. L’empreinte germanique marque la Ville dans son architecture, mais ne réussit pas à étouffer le sentiment de son appartenance à la France. La Lorraine est alors, et demeure jusqu’en 1960, en plein essor : mines de charbon et de fer, industrie lourde.

panneau 3

titre : Terre Paternelle légende : Vallée de la Fentsch *

texte : **
Why grow the branches now the root is wither’d ? Why wither not the leaves that want their sap ? Shakespeare : Richard III,II,2
Pourquoi les branches poussent-elles encore, alors que la racine est desséchée ? Pourquoi les feuilles ne dessèchent-elles pas, alors qu’elles sont privées de leur sève ?
Commentaire: de Francois Koltes
* il s’agit de la rivière de ce nom
** de Shakespeare, à laisser en anglais

panneau 4

titre : Terre Maternelle – Vosges du Nord

légendes : Joseph Welsch, chef de train à Montigny-lès-Metz Cécile Froeliger

texte : Ecueil, le 4 octobre 1967 (…) Je trouve formidable de sentir la terre, l’humus, de passer des journées entières courbé vers elle, sous un ciel tourmenté, magnifique, qui ressemble lui-même à une grosse motte de terre éclatée. Rien, dans notre vie stupide, ne peut remplacer cette connaissance-là…

panneau 5

titre : Père, mère

textes : (…) chercheras-tu longtemps ton père jusque dans la poussière ? Toujours les yeux baissés ! Pourquoi tous ces soupirs, pourquoi ce deuil bruyant, pourquoi ces habits d’encre ?
Le jour des meurtres dans l’histoire de Hamlet
Allons, donne. Encore une fois je t’embrasse ; embrasse-moi. M’aimes-tu ? Dis la vérité. Je sens que tu m’aimes ; je sens que tu me trouves aimable. Je sens que je suis aimable aussi -maman, n’est-ce pas, maman ?-. Je me sens comme un buisson au vent ; tantôt penchée, tantôt droite, sans ordre ; mais toujours bien plantée. Dis moi ! Comme une lande, comme une bruyère au corps lourd qui couche là, puis là ; oscille, recouche, et se redresse toujours. -N’est-ce pas, maman ?

Des Voix sourdes

panneau 6

texte : Voilà venir des jours, baignés de lumière blanche, des jours silencieux et calmes, des nuits silencieuses et tendres, voilà venir des temps libres et apaisés. (…) Restez près de moi. Revenez, revenez, je vous ai parlé et je vous parle encore, aimez-moi, aimez mon sang qui coule, aimez le rocher, dans la plaine, ne me laissez pas seule…

L’Héritage

panneau 7

titre : Metz, Berceau

légendes : La Moselle et la cathédrale – Porte des Allemands

panneau 8

titre : Cent ans de la famille Serpenoise

texte : En 1867, naissance de César Serpenoise, huitième enfant d’une famille de mineurs, dans une cité d’ouvriers appartenant tout entière, maisons, commerces, église, rues, portes, lits, vaisselle, aux Aciéries Rozérieulles. Quelques mois avant la naissance de César, son père, le jour du départ du fils aîné au service militaire, s’était suicidé d’une balle dans la tête. Son corps fut découvert couché sur une tombe anonyme au cimetière de la cité.
A 14 ans, César rejoint ses frères au fond de la mine. Sa santé fragile fait qu’au bout d’un certain temps, on lui confie un travail à l’air libre. Il est d’abord remarqué par un contremaître pour son ardeur au travail et sa vivacité d’esprit : celui-ci en parle au curé de la cité qui lui enseigne, le soir, le latin et les chiffres.
Nommé comptable à 18 ans, il prend de très habiles initiatives pour réorganiser le système de classement des dossiers et devient, six ans plus tard, chef comptable des Aciéries Rozérieulles.
Le vieux Rozérieulles aimait ses ouvriers et ses ouvriers l’aimaient ; il connaissait des centaines et des centaines de noms d’ouvriers, il leur serrait la main et ne se trompait pas sur le nombre de leurs enfants ; les ouvriers se réjouissaient des mariages et des baptêmes de la famille Rozérieulles et pleuraient à leurs enterrements. C’est pourquoi, malgré les progrès des techniques d’extraction, on ne se décidait pas, au conseil familial d’administration, à licencier du personnel. Et, surtout, une immense, une inexplicable lassitude avait soudain saisi, à la fin du siècle, la famille tout entière, du patriarche au plus jeune. Plus personne ne songeait à innover : on gérait les affaires comme un vieillard solitaire prépare son dîner. Au bout de quelques années, les Aciéries Rozérieulles, autrefois florissantes, se trouvèrent dans une situation déplorable. En 1900, le vieux Rozérieulles nomme César Serpenoise directeur général, et meurt. Le reste de la famille, voyant son ambition mourir avec leur père, abandonne le pouvoir et toutes les décisions à César. César achète une grande maison dans le quartier bourgeois de la ville.
En 1908, la famille Serpenoise vend toutes ses actions et se retire : César en rachète la majorité. Il licencie, il réorganise, il investit. Les Aciéries Rozérieulles s’appellent désormais Aciéries Serpenoise.
La même année, César épouse discrètement une obscure repasseuse qu’il tient enfermée dans la maison : trois mois après, elle accouche de Mathilde. A la même heure, dans une autre maison bourgeoise, du même quartier, naissance de Marie Rozérieulles.
En 1910, la repasseuse séquestrée donne naissance à Adrien et meurt peu de temps après, sans qu’aucun médecin n’ait été appelé à son chevet, sauf pour le constat de décès.
1911 : César Serpenoise est lu maire de la ville. Il a 44 ans.
1916 : Naissance de Marthe Rozérieulles.
César s’étant montré aussi bon gestionnaire de la ville que de son usine, la municipalité décide, en 1930, de donner son nom à la rue principale de la ville.
Mathilde fut une adolescente sombre, renfermée et quasi-muette. Son frère, qui était bruyant et violent, s’amusa de longues années à la provoquer, puis il se lassa de l’absence de réaction de sa part, et ils vécurent sans se voir, sauf à l’heure des repas où ils se dévisageaient alternativement en silence.
A l’automne de l’année 1930, un soir, Mathilde se promenait dans le jardin où elle avait l’habitude de rencontrer Marie Rozérieulles pour bavarder tout bas. Ce soir-là, Marie ne vint pas. Quand la nuit fut complète, Mathilde fut saisie d’une inexplicable torpeur qui la fit tituber. Les yeux mi-clos, elle s’approcha de l’arbre et s’allongea pour sombrer aussitôt dans un profond sommeil. Son frère la découvrit, le matin, endormie ; il alerta la domestique qui la coucha et soigna quelques jours une grosse fièvre.
Au bout de quelques mois, son ventre grossit jusqu’au moment où César compris le scandale qui guettait la maison. Il enferma sa fille dans sa chambre sous la garde de Maame Queuleu. Avec deux mois d’avance, Edouard sortit du ventre de sa mère et Maame Queuleu s’occupa de tout.
Mathilde fut sévèrement punie : pendant une année, elle fut condamnée par son père à manger à genoux à la table familiale. Son frère la dévisageait toujours pendant les repas, mais Mathilde ne levait plus les yeux sur lui. Marie, inquiète de ne plus voir son amie, tenta vainement de pénétrer dans la maison Serpenoise, mais on lui opposa toujours un refus obstiné. Alors, elle s’y pris autrement pour rejoindre son amie : énergiquement, inlassablement, sans précaution, elle courtisa Adrien qui, étourdi par tant de vigueur, finit par l’épouser au bout de quelques mois et Marie eut alors accès à la chambre et aux confidences de son amie. L’année suivante, Marie accouchait de Mathieu.
En 1933, Mathilde parvint à s’échapper de sa chambre par la fenêtre pour se promener dans le jardin. Elle s’endormit à nouveau, et peu après, se rendant compte qu’elle était une fois encore enceinte, elle complota, avec l’aide de Marie, sa fuite de la ville. Elle vola de l’argent dans le coffre de son père et prit le bateau pour l’Algérie où Fatima naquit l’année suivante. L’année de la Libération, César, à l’agonie, exigea de voir ses deux enfants pour le partage de l’héritage : Mathilde revint avec Edouard et Fatima. César partagea sa fortune en deux parts, la maison d’un côté et l’usine de l’autre et, contre toute attente, donna le choix à Mathilde. Contre toute attente aussi, Mathilde choisit la maison, et à peine César était mort qu’elle exigea le départ de son frère et de son neveu.
Déjà pourvue d’une mauvaise réputation, Mathilde fut accusée d’avoir couché avec des Allemands. Sa tête fut rasée et elle fut forcée de s’enfuir à nouveau en Algérie, avec ses enfants, abandonnant la maison à Adrien contre un faible loyer. La même année, Marie Serpenoise mourait mystérieusement dans son lit.
En novembre 1960, Adrien Serpenoise reçut un télégramme de sa sœur annonçant son retour pour la semaine suivante.
Ici se situe l’action de la pièce : LE RETOUR AU DESERT
En 1961, après le départ de Mathilde et d’Adrien, Mathieu fut envoyé en Algérie parmi les tout derniers appelés. Après une cuite forcenée dans un bordel, il voulut prendre lui-même le volant de la Jeep qui ramenait ses camarades et lui à la garnison et, comme il ne savait pas conduire, il s’écrasa dans un ravin et mourut avec ses camarades dans l’incendie de la voiture.
Fatima traversa la France à pied, traversa la Méditerranée en barque, traversa l’Algérie pieds nus, s’enfonça dans le désert où elle vécut en ascète. Elle maigrit jusqu’à ressembler à un cactus et dessécha. Sa peau, sa chair et ses os se desséchèrent au-delà de toute mesure,se réduisirent en poudre et devinrent du sable qui fut poussé par le vent jusqu’aux frontières du Mali. Quant à Edouard, bien sûr, personne ne le revit jamais. Mathilde et Adrien vendirent tout, maison et usine, par l’intermédiaire d’un notaire. Ils parcoururent les grandes villes d’Europe, mais toutes leur déplurent. Ils allèrent à Rio de Janeiro, aux Bahamas, à Las Vegas. Finalement ils s’établirent dans une petite ville de l’Arizona, fondée, construite, organisée et administrée uniquement par des vieux. Ils eurent du mal à s’y faire admettre, mais ils trichèrent sur leur âge. Au bout de quelque temps, Adrien avait déjà pris la direction de la ville et ils passèrent tous deux de longues soirées au bord de la piscine, à se moquer de l’incurable vieillesse de leurs congénères.
Un soir trop humide de 1967, alors qu’ils riaient trop fort, Adrien s’étouffa et mourut dans sa chaise longue. Mathilde le regarda longuement jusqu’à ce que ses yeux se ferment de fatigue. Puis elle se leva, s’enfonça lentement dans la nuit torride, et s’allongea sous un palmier.
A travers ses yeux mi-clos, dans le ciel silencieux et rouge, elle aperçut une nuée de parachutistes, très haut, qui descendaient lentement. Les grands parachutes blancs s’approchaient, mais avant qu’ils ne soient assez bas pour qu’elle put distinguer les hommes qui y étaient suspendus, ses yeux se fermèrent et elle cessa de respirer.

panneau 9

titre : Absence – Départ pour l’Indochine

légendes : Place de la République, Metz Mont-Sainte-Odile, 1951

texte : Il y a très longtemps, je dis à mon frère : je sens que j’ai froid; il me dit : c’est qu’il y a un petit nuage entre le soleil et toi ; je lui dis : est-ce possible que ce petit nuage me fasse geler alors que tout autour de moi, les gens transpirent et le soleil les brûle ? Mon frère me dit : moi aussi, je gèle ; nous nous sommes donc réchauffés ensemble. Je dis ensuite à mon frère : quand donc disparaîtra ce nuage, que le soleil puisse nous chauffer nous aussi ? Il m’a dit : il ne disparaîtra pas, c’est un petit nuage qui nous suivra partout, toujours entre le soleil et nous. Et je sentais qu’il nous suivait partout, et qu’au milieu des gens riant tout nus dans la chaleur, mon frère et moi nous gelions et nous nous réchauffions ensemble. Alors mon frère et moi, sous ce petit nuage qui nous privait de chaleur, nous nous sommes habitués l’un à l’autre, à force de nous réchauffer. Si le dos me démangeait, j’avais mon frère pour le gratter ; et je grattais le sien lorsqu’il le démangeait ; l’inquiétude me faisait ronger les ongles de ses mains et, dans son sommeil, il suçait le pouce de ma main. Les femmes que l’ont eu s’accrochèrent à nous et se mirent à geler à leur tour ; mais on se réchauffait tant on était serrés sous le petit nuage, on s’habituait les uns aux autres et le frisson qui saisissait un homme se répercutait d’un bord à l’autre du groupe. Les mères vinrent nous rejoindre, et les mères des mères et leurs enfants et nos enfants, une innombrable famille dont même les morts n’étaient jamais arrachés, mais gardés serrés au milieu de nous, à cause du froid sous le nuage. Le petit nuage avait monté, monté vers le soleil, privant de chaleur une famille de plus en plus grande, de plus en plus habituée chacun à chacun, une famille innombrable faite de corps morts, vivants et à venir, indispensables chacun à chacun à mesure que nous voyions reculer les limites des terresencore chaudes sous le soleil. C’est pourquoi je viens réclamer le corps de mon frère que l’on nous a arraché, parce que son absence a brisé cette proximité qui nous permet de nous tenir chaud, parce que, même mort, nous avons besoin de sa chaleur pour nous réchauffer, et il a besoin de la nôtre pour garder la sienne.

Combat de nègre et de chiens

panneau 10

texte : Mais je suis Al tout de même, ancien soldat de l’armée américaine, et si vous n’en croyez rien, si mon allure vous égare, moi, je m’y reconnais très bien. Ne vous y trompez pas : il est des généraux, même, qui dans le civil ont des allures curieuses, un genre à la française, des allures de poules ; eh bien, voyez les dieux qu’ils sont sur un champ de bataille. Or moi, deux mots à la radio m’ont brusquement remis dans le nez cette odeur familière, nocturne, si lointaine déjà, des campements de guerre – l’odeur d’homme et de forêt – et dans mes oreilles, les bruits profonds et inquiets de la jungle piégée et des hommes en éveil ; et, au fond de mes yeux, l’infini dessin des cercles des avions qui tournent en silence, et vous tiennent debout ; oh, le goût de la guerre, le vrai goût de l’Amérique, que j’ai bien reconnu. Il faut s’être trouvé, un matin, après l’affrontement, seul, égaré, épuisé, sur un terrain inconnu et hostile, tout fumant encore et couvert de cadavres, et se réveiller là d’un évanouissement ; il faut avoir voulu mourir, un jour, dans l’enfer étranger ; alors soudain, c’est là que votre oreille frémit, que votre cœur se réchauffe ; tout à coup, dans cette plaine ennemie chaude encore de sang, quand vous vous croyiez seul et appeliez la mort, il résonne près de vous quelques mots dits tout bas, un juron de chez nous, quelque chose comme « What a mess ! » ou « Where are my boots ? », n’importe quoi, mais soudain cetaccent familier, le goût de notre Amérique au fin fond de l’enfer, qui vous ramène à la vie, et que j’ai reconnu, ce soir.

Sallinger

panneau 11

titre : Enfance

texte : …Ce que j’aime le mieux au monde l’aube et l’hiver. L’hiver des feux, l’hiver d’amour, l’hiver aux pluies de gelées blanches sur les balcons ; l’hiver pendu aux arbres, l’aube à la blanche tendresse, l’aube close comme un jardin, l’aube où meurent les bêtes de l’ombre !

La Fuite à cheval

panneau 12

texte : Dimanche 18 juillet 1965 (…) j’ai fait serment, comme tu l’as peut-être fait un jour, d’essayer de ne jamais manquer à mes enfants ; de remplacer chez les autres enfants une affection frustrée. Aussi courte que soit ma vie, aussi éprouvée qu’elle soit, aussi abîmée et gâchée qu’elle soit, aussi inutile qu’elle ait été, j’aurai du moins vécu pour les secondes où j’aurai remplacé, chez un enfant, une affection dont il avait besoin.

panneau 13

titre : Afrique imaginaire

texte : Metz, 5 mars 65. (…) papa nous a lu ta lettre ce matin : je me suis promené en pirogue avec toi, toute l’après-midi. Que l’eau est jolie, et les roseaux ! Le ciel est une émeraude et l’eau un éclat de diamant. J’ai vu les gosses qui riaient, petits cailloux noirs sur le lit du fleuve. J’ai regardé le village sur pilotis, et j’ai désiré y habiter. j’ai été surpris moi aussi du contraste des villes neuves et propres, et de la nudité et la misère des villages. J’ai tout vu par tes yeux – du moins autant que mon imagination a pu s’évader de la neige noire de la ville. Je voyage moi aussi : 24 heures sur 24 (…)

panneau 14

texte : (…) Lorsque je regarde un Blanc et un Noir, un homme ou une femme, un riche et un pauvre, je dis : à quoi pensent les femmes ? Car il s’est bien trouvé une femme pour donner la memelle et écouter brailler l’un et l’autre sans écraser ça d’un bon coup de talon. Or elles savent bien, les chipies, que faisant l’un ou l’autre, il n’y a pas d’issue : elles feront un cogneur ou un cogné ; lequel vaut mieux que l’autre, pourront-elles me le dire ? Pourtant elles continuent à fabriquer de cela en veux-tu en voilà, sachant très bien, les sottes, qu’elles nourrissent des cogneurs qui les cogneront elles-mêmes en tout premier, ou qu’elles les font grandir pour qu’ils soient mieux cognés ! Ne me parlez pas non plus des combinaisons possibles, des metissages blanc et femme, nègre et riche, blanc et pauvre, nègre et mâle, ils ne valent pas mieux, oh non, c’est : moitié cogneur, moitié cogné, ils passent toute leur vie coupés en deux à se cogner eux-mêmes jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Quant à celles qui tirent le gros lot et fabriquent sans frémir un blanc, mâle et riche par-dessus le marché! Ou bien ces autres-là qui soignent et dorlotent cette chose pas possible : femme, noire, pauvre comme une souris d’église, mais à quoi pensent-elles donc ? Ce sont elles, je le dis, qu’on devrait écraser d’un bon coup de talon.

Combat de Nègre et de chiens

panneau 15

titre : Collège

texte : Jeudi 10 mars 1960, Metz Collège Saint Clément Cher papa et chère maman,
Depuis deux semaines, et je ne me le pardonnerai pas, je ne vous ai pas écrit. Ne croyez pas, pour cette raison, que je vous oublie. Non ! Vous avez la première place dans mon petit cerveau d’enfant. Mais mille choses disopportunes troublèrent mes études libres., Mais si moi je ne me le suis pas pardonné, je sais que vous, vous me le pardonnerez… Bref, quel temps fait-il à Angers ? Je ne pense pas qu’il fait un temps aussi désagréable qu’ici : un vent glacé qui nous gèle les os. Si je n’avais pas mon épais manteau beige, en rentrant, vous retrouveriez un Bernard tout glacé !… Je ne sais pas si le courrier St Clémentin fait bien son chemin car, depuis deux semaines, j’ai écrit à grand-mère et à parrain, celui-ci m’ayant promis de me répondre toujours, et je n’ai toujours pas reçu de ses lettres réconfortantes. Dimanche, c’est grande sortie. Nous ne sortons malheureusement pas, alors, essayez de m’écrire pour que cela arrive dimanche, comme cela, cela ira mieux.
Votre fils qui vous aime.

Bernard

panneau 16

texte : (…) mais nous, gens ordinaires, vous et moi, nos têtes se ressemblent, cela ne fait pas de doute : il y traîne, tout au fond, des souvenirs de collège, un terrain de football, un verre de jus d’orange, un poste de radio, et des histoires morales qu’une mère adorée raconte doucement.

Sallinger

panneau 17

titre : Metz – Années d’Algérie

texte : (…) Mais sache que cette ville est une petite ville calme, tranquille, qui a l’habitude de ses soldats. Votre place à vous, soldats, est à l’intérieur des murs de vos casernes. Soyez sages, soyez tranquilles, et la ville vous aimera. La ville prendra soin de vous. Rentrez dans vos casernes, à présent.

Le Retour au désert

(…) Quelle patrie ai-je, moi ? Ma terre, à moi, où est-elle ? Où est la terre où je pourrais me coucher ? En Algérie je suis une étrangère et je rêve de la France ; en France, je suis encore plus une étrangère et je rêve d’Alger. Est-ce que la patrie, c’est l’endroit où l’on n’est pas ? J’en ai marre de ne pas être à ma place, et de ne pas savoir où est ma place.

Le Retour au désert

(…) La plupart des gens, les vieux en particulier, pensent que le camion qui ramasse les corps, au matin, ramène chaque mort chez lui, ce qui serait un vrai casse-tête pour les employés municipaux ; il est plus réaliste de croire qu’il existe un lieu prévu par la mairie, encore plus et tout à fait au Nord, qui est la véritable destination finale du camion ; de toute façon c’est à peu près la même chose. Une plante qu’on a coupée trop vite et à qui l’on tâche de faire prendre racine dans un terreau étranger, souvent s’y refuse et dépérit ; mais si un habile jardinier s’obstine et que sur des générations, inlassablement, il coupe tôt les racines, il taille, hybride et bouture soigneusement, il finit par faire naître une nouvelle plante aux facultés d’adaptation infinie, de telle sorte qu’on peut mutiler une fleur, par le bas, par le haut, de tous les côtés, sans que jamais l’instinct de vie ne soit mis en défaut, comme si le souffle de l’existence pouvait varier indéfiniment de foyer, qu’à l’extrême mutilation correspondait l’extrême souplesse de vie. C’est pourquoi, probablement vidés par le camion dans une fosse commune, les corps inertes prennent racine et font du terreau humide et sale de l’extrême Nord, la terre rouge du continent exilé.

Douze notes prises au Nord

panneau 18

textes : (…) Je ne rentrerai pas : je sais ce que l’on fait aux chefs qui ne gagnent pas. Est-ce ma faute si je perds ? Ai-je perdu la bataille ? Je ne recevrai pas d’ordre. Ce n’est pas par ma faute. Je ne veux pas que mon sabre soit brisé, je ne l’ai pas mérité (ils vous brisent le sabre, ils vous l’attachent à moitié entre les deux jambes, vous fixent comme cela au cul d’un cheval, et comme cela vous traînent dans les rues de la ville. Mais je ne rentrerai pas.
Récits morts
On me dit que c’est l’histoire qui commande l’homme, mais le temps de la vie d’un homme est infiniment trop court ; et l’histoire, grosse vache assoupie, quand elle finit de ruminer, elle tape du pied avec impatience. Ma fonction à moi, c’est d’aller à la guerre, et mon seul repos sera la mort.

Retour au désert

panneau 19

titre : Pralognan légende : Pointe de Villeneuve, 1958

textes : Lundi 1er mars1975. Ma petite maman,
Ici, je suis de mieux en mieux, de plus en plus actif, de moins en moins citadin. Je redoute le moment de partir, et d’errer à nouveau de la maison de l’un à celle de l’autre. Les oiseaux entrent jusque dans la pièce, mon immobilité et mon mutisme les a à demi apprivoisés ! Comment diable vais-je faire pour me remettre à parler ? Comment vais-je me passer de ce chalet ? J’y ai un rythme de travail apparemment efficace ; je suis à ma table du matin en fin d’après-midi ; puis, j’ai toujours quelque chose à « arranger » à la maison.
(…) On me donnerait une sorte de petite chaumière, comme dans les histoires, au fond d’une forêt, avec de grosses poutres, une grosse cheminée, de gros meubles jamais vus, cent mille ans de vieillesse, lorsque j’y entrerais, moi, avec rien du tout et en un rien de tempos, je t’en fais une chambre comme celle des hôtels, où je me sente chez moi, je cache la cheminée derrière les meubles en tas, j’escamote les poutres, je change le goût de tout, je vire tous ces objets que l’on ne voit jamais et nulle part, sauf dans les histoires, et les odeurs spéciales, les odeurs de familles, et les vieilles pierres, et les vieux bois noirs, et les cent mille ans de vieillesse, qui se moquent de tout, qui vous font étranger, qui ne peuvent jamais faire croire que l’on est tout à fait chez soi, je vire tout et la vieillesse avec, parce que je suis comme cela, je n’aime pas ce qui vous rappelle que vous êtes étranger, pourtant, je le suis un peu, c’est certainement visible, je ne suis pas tout à fait d’ici…

La Nuit juste avant les forêts

panneau 20

texte : Pralognan, le 26 avril 76. (…)A part cela, mes trois jours à Paris ont été très tumultueux ; j’ai bien besoin de ces trois semaines de solitude pour mettre mes idées au clair ; j’espère que personne ne viendra, je le recevrai très mal. Ce serait long, compliqué de t’expliquer, surtout je ne sais par où commencer, surtout enfin je n’ai pas encore bien clarifié les choses…. (…) Dans cette vision manichéiste du monde que j’ai de plus en plus, que tous les événements confirment, – pour parler en termes de métaphysique, qui te sont plus proches que le langage marxiste ! : la part du Bien est claire, sûre, bien délimitée, mais celle du Mal est imprécise, elle se déplace à tout instant, elle vous englobe sans qu’on s’en rende compte. Ainsi, ces exploités de vingt ans, c’est la part malheureuse, c’est – toujours métaphysique ! – la part de Dieu, sans conteste possible. Mais si, de l’autre côté, Rotschild, de Wendel, l’argent, et tous ses profiteurs, sont le mal incontestable, nous, où sommes-nous ? Je me dis : je suis au parti communiste, j’ai choisi mon camp; mais quand la situation me catapulte à la figure les vrais exploités, je vois l’énormité du luxe de mon existence. J’ai choisi mon camp, me dis-je ? Mais en cas de catastrophe, sur quelle solidarité compterais-je, sinon sur celle de l’argent, et pourquoi pourrais-je y compter, sinon à cause de mes origines ? Sur quelle solidarité, eux, peuvent-ils compter ?(…)

Bernard

panneau 21

titre : Fugues

texte : Tous à table ! Le roi veille, il fait la fête, il fait l’orgie du parvenu ; -moi, je veux vider ma tête de tout ce qui y est, afin que la place soit libre pour le sourire du traître et celui de la femme. Tous, tous à la noce ! Le porc vide sa coupe ! -moi, je veux parler de sang, de ruse, de meurtre ; et je ne me tairai pas tant que ce lieu maudit ne sera pas semblable à un champ de bataille.

Le Jour des meurtres dans l’histoire de Hamlet

28 décembre 1967
(…) et aussi paradoxale que cela puisse te paraître, je te souhaite aussi, et de tout mon cœur, d’ »apprendre » la gravité : pour être plus explicite, de savoir reconnaître, de plus en plus, ce qui est important de ce qui l’est moins, ce qui est sérieux de ce qui ne l’est pas. (…)
(…) Il t’est arrivé une petite histoire de gamine, tu as rencontré un garçon, il a été idiot comme tous les garçons, il a été maladroit, il t’a brusquée ? Je connais cela, mon pinson, j’ai été une gamine, j’ai été à des fêtes où les garçons sont des imbéciles. Même si tu t’es fait embrasser, qu’est-ce que cela peut faire ? Tu te feras encore mille fois embrasser par des imbéciles, que tu en aies envie ou pas ; et tu te feras mettre la main aux fesses, ma pauvre, que tu le veuilles ou non. Parce que les garçons sont des imbéciles et tout ce qu’ils savent faire, c’est de mettre la main aux fesses des gamines. Ils adorent ça. Je ne sais quel plaisir ils y trouvent ; je crois bien, d’ailleurs, qu’ils n’y trouvent aucun plaisir. C’est dans leurs traditions, ils n’y peuvent rien.

Roberto Zucco

panneau 22

texte : Un jour -je ne sais vraiment plus où, très loin de Paris, dans un milieu plutôt hostile et fermé-, tout à coup, venant d’un bar ou d’une voiture qui passait, étouffées, lointaines, j’ai entendu quelques mesures d’un vieux disque de Bob Marley ; j’ai alors poussé une sorte de soupir, comme les propriétaires terriens, dans les livres, en poussent en s’asseyant le soir dans un fauteuil, près de la cheminée, dans le salon de leur hacienda. Et n’importe où maintenant, à entendre, même de loin, Rat Race ou War, je ressens l’odeur, la familiarité, et le sentiment d’invulnérabilité, le repos de la maison.

Home

panneau 23

texte : Adrien : Le monde est ici, mon fils, tu le connais parfaitement bien, tu t’y promènes tous les jours et il n’y a rien d’autre à connaître. Regarde mes pieds, Mathieu : voilà le centre du monde ; au-delà, c’est le bord du monde ; si tu vas trop au bord, tu tombes. (…)
Mathieu : Je ne veux plus de la protection de mon père. Je ne veux plus être giflé, je veux être un homme qui frappe les autres ; je veux des camarades avec qui boire et me battre ; (…)
Mathieu : Je veux aller à Paris ; je ne veux plus vivre en province : on y voit toujours les mêmes têtes et il n’arrive jamais rien (…)
Adrien : Mathieu, mon fils, la province française est le seul endroit du monde où l’on est bien. Le monde entier envie notre province, son calme, ses clochers, sa douceur, son vin, sa prospérité. On ne peut rien désirer, en province, car on a tout ce qu’un homme désire. Ou alors il faut avoir la tête dérangée, préférer la misère à l’opulence, la faim et la soif plutôt que le rassasiement, le danger et la peur plutôt que la sécurité. As-tu la tête dérangée, Mathieu, mon fils, et dois-je te la remettre en place ? De toute façon, que parles-tu de voyager ? Tu ne parles aucune langue et tu n’as même pas été foutu d’apprendre le latin.
Mathieu : J’apprendrai les langues étrangères. Adrien : Un bon Français n’apprend pas les langues étrangères. Il se contente de la
sienne, qui est largement suffisante, complète, équilibrée, jolie à écouter ; le monde entier envie notre langue. Mathieu : Et moi j’envie le monde entier.

Le Retour au désert

panneau 24

textes : Le 2.7.68 – Camp St François – Cap Rouge – Québec On est ici dans le règne de la machine IBM, de la mécanique, de la technologie. C’est effarant de constater l’importance de la machine. Le séminaire est parsemé de distributeurs automatiques, d’appareils ultra modernes. Plus de tissus : tout est en papier. Les assiettes sont en plastique, la nourriture presque chimique. Les problèmes sont tous résolus, même à l’échelle du secrétariat du séminaire, par une machine IBM ; on a même représenté récemment une pièce de théâtre écrite entièrement par IBM. C’est affolant. Je pense souvent à la France, si petite, si follement idéaliste et faible. Je la vois ici de loin et j’ai presque pitié pour tous ses philosophes et ses penseurs qui me paraissent à présent si solitaires.
New York, le 18 sept 68
Mais je suis enthousiasmé par N.Y., comme je ne peux pas le dire. C’est extraordinaire ! Je prends le métro le matin, 3/4 d’heure de route, et je suis en plein cœur de Manhattan. Hier j’ai fait la 5ème Avenue. Le métro est un spectacle permanent dont je n’arrive pas à me lasser. Je suis heureux de ma balader dans les rues de New York. J’y suis comme un poisson dans l’eau. Je n’ai jamais envie de rentrer me coucher. Je suis bien content d’avoir quitté cette ferme de Pennsylvanie où je ne tenais plus en place. Ici, on a l’impression d’être sur une immense scène où tout bouge, rien n’étonne. New York n’est vraiment comme aucune autre ville du monde ; c’est comme un grand sac où l’on a mis tout ce qui ne cadrait pas ailleurs ; rien ne surprend, mais rien n’est ordinaire. C’est sal, c’est bruyant, mais c’est magnifique. J’y reviendrai.
Bernard

panneau 25

titre : Parole – Strasbourg

texte : (…) C’était un quai bordé en contre bas d’une rivière immobile et sombre et, de l’autre, d’une rangée de tilleuls ; la portion concernée, dite de « la Planque aux Anges », s’étendait sur quelques centaines de mètres, où, de l’autre côté de la route une masse sombre de maisons aux fenêtres aveugles, une densité particulière d’arbres et une absence totale de réverbères, donnaient, de jour, une ombre profonde et fraîche et, de nuit, une obscurité presque totale (…)
(…) Quelques instants le quai demeurait désert, laissant la nuit prendre sa place ; et il y avait, dans l’eau immobile, dans le feuillage muet, dans l’attente vaguement effrayée du temps, le sentiment de la présence d’un comédien inconnu, enfermé dans sa loge, dont on espère une insoutenable révélation.

La fuite à cheval très loin dans la ville

panneau 26

titre : 1967, Maria Casarès dans Médéa

texte : Strasbourg, le 26 mars 68. Me voici par exemple à la veille de me mettre au service du Théâtre. Je crois en avoir pesé tous les dangers, en avoir mesuré les « inconvénients ». Et pourtant, je prends ce risque avec bonheur, malgré le gouffre qui me guette si j’échoue. Si j’échoue, je serai un être raté, sans nul doute, privé de « situation », de famille, de raison de vivre même, et sans aucune place dans la société. Je le sais. Mais pour cela, vais-je renoncer à l’espoir d’une vie pleine à déborder, d’une raison de vivre au plein sens du terme ; renoncerais-je à tout ce que je peux apporter – si minimum cela soit-il – à tant de gens ? Je connais ton tourment : je risque mon « âme ». Mais, maman, quel bonheur, n’est-ce pas, si je puis dire à la fin de ma vie, face à Dieu : « Voyez, j’ai risqué – et j’ai gagné »

panneau 27

Texte 4 : Bernard-Marie Koltès est né le 9 avril 1948 à Metz. Il y passe sa jeunesse (excepté deux années : Landau en 1954/1956 et Angers en 1958/1959, où est affecté son père militaire). Il est élève au collège de jésuites Saint-Clément. Jusqu’à l’âge de vingt ans, il étudie le piano et l’orgue. Après quelques semaines de présence à l’école de journalisme de Strasbourg, en 1968, il choisit définitivement le théâtre après avoir vu Maria Casarès dans Médéa au Théâtre National de Strasbourg.
Premier voyage au Canada (il est moniteur de colonie de vacances), à New-York et sur la côte est des Etats-Unis. Il fonde une troupe de théâtre, le Théâtre du Quai, pour laquelle il écrit plusieurs pièces qu’il met en scène lui-même : Les Amertumes (1970) -Hubert Gignoux, directeur du Théâtre National de Strasbourg, le remarque et le fait entrer à la section régie de l’école du TNS où il reste quelques mois- La Marche – Procès ivre (1971) – Récits morts (1973).
Il écrit également L’Héritage (1972) – Des Voix sourdes (1973), pièces enregistrées d’abord à l’ORTF de Strasbourg par Jacques Taroni, puis à France Culture pour l’émission de Lucien Attoun. Il adapte Récits morts sous le titre La nuit perdue pour un film en 16mm, noir et blanc, qu’il réalise avec sa troupe. Hiver 1973, voyage en URSS. En 1974, il écrit Le Jour des meurtres dans l’histoire de Hamlet, puis, en 1976, un roman, La Fuite à cheval très loin dans la ville. En 1977 il compose un monologue, La Nuit juste avant les forêts, qu’il met en scène au festival off d’Avignon, avec Yves Ferry. La même année, il écrit Sallinger sur une commande de Bruno Boëglin, que celui-ci monte à l’El Dorado de Lyon. En 1978, ilvoyage au Nigeria puis au Mexique, au Nicaragua, au Salvador et au Guatemala où il écrit deux nouvelles, et Combat de Nègre et de chiens que Patrice Chéreau met en scène en 1983 au Théâtre des Amandiers de Nanterre. Entre 1981 et 1985, il séjourne à plusieurs reprises à New-York. Il traduit une pièce d’Athol Fugard Le Lien du sang en 1982 et écrit Quai ouest en 1983. En 1985, il imagine une « histoire pour le cinéma », qu’il écrit sous forme de scénario, Nickel Stuff, espérant réaliser lui-même un film. Le projet est abandonné. En 1986, il écrit Tabataba ; cette courte pièce est jouée à Avignon en 1986 dans une mise en scène d’Hammou Graïa. Il entreprend la rédaction d’un roman dont le seul Prologue sera achevé. Le dialogue Dans la solitude des champs de coton (1986) est mis en scène en 1987 par Patrice Chéreau. En 1988, il traduit une pièce de Shakespeare, Le Conte d’hiver, que met en scène Luc Bondy. La même année, Patrice Chéreau monte Le Retour au désert au Théâtre du Rond- Point à Paris. Sa dernière pièce, Roberto Zucco (1989), est créée au TNP en 1991 par Bruno Boëglin. Bernard-Marie Koltès meurt à Paris le 15 avril 1989.

4 biographie / bibliographie

panneau 28

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