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20 Sallinger

Al : Mais je suis Al tout de mĂŞme, ancien soldat de l’armĂ©e amĂ©ricaine, et si vous n’en croyez rien, si mon allure vous Ă©gare, moi, je m’y reconnais très bien. Ne vous y trompez pas : il est des gĂ©nĂ©raux, mĂŞme, qui dans le civil ont des allures curieuses, un genre Ă  la française, des allures de poules ; eh bien, voyez les dieux qu’ils sont sur un champ de bataille. Or moi, deux mots Ă  la radio m’ont brusquement remis dans le nez cette odeur familière, nocturne, si lointaine dĂ©jĂ , des campements de guerre – l’odeur d’homme et de forĂŞt – et dans mes oreilles, les bruits profonds et inquiets de la jungle piĂ©gĂ©e et des hommes en Ă©veil ; et, au fond de mes yeux, l’infini dessin des cercles des avions qui tournent en silence, et vous tiennent debout ; oh, le goĂ»t de la guerre, le vrai goĂ»t de l’AmĂ©rique, que j’ai bien reconnu. Il faut s’ĂŞtre trouvĂ©, un matin, après l’affrontement, seul, Ă©garĂ©, Ă©puisĂ©, sur un terrain inconnu et hostile, tout fumant encore et couvert de cadavres, et se rĂ©veiller lĂ  d’un Ă©vanouissement ; il faut avoir voulu mourir, un jour, dans l’enfer Ă©tranger ; alors soudain, c’est lĂ  que votre oreille frĂ©mit, que votre cĹ“ur se rĂ©chauffe ; tout Ă  coup, dans cette plaine ennemie chaude encore de sang, quand vous vous croyiez seul et appeliez la mort, il rĂ©sonne près de vous quelques mots dits tout bas, un juron de chez nous, quelque chose comme « What a mess ! » ou « Where are my boots ? », n’importe quoi, mais soudain cet accent familier, le goĂ»t de notre AmĂ©rique au fin fond de l’enfer, qui vous ramène Ă  la vie, et que j’ai reconnu, ce soir.

Bernard-Marie Koltès, Sallinger, extrait.

1978 Lyon (France) MeS : Bruno Boëglin







Théâtre : Eldorado






Programmation : Création mondiale. Courant 1978






1996 Orléans (France) MeS : Anne-Françoise Benhamou







Théâtre : Centre Dramatique National






Programmation : courant 1999






1999 Dijon (France) MeS : Jean -Christophe SaĂŻs







Théâtre : Théâtre des Feuillants – Festival Théâtre en mai






Programmation : courant 1999. Puis Saint-Denis (France), Théâtre Gérard-Philippe, 2000

avec Mathieu Genet (Leslie), Audrey Bonnet (June), Natalie Royer (Le Rouquin), Maurice Bénichou / Michel Perlon (Al) Lumière et décor Jean Tartaroli






1999 Paris (France) MeS : Michel Didym







Théâtre : Théâtre des Abbesses (Théâtre de la Ville – Cie Boomerang)






Programmation : courant 1999






2003 Ivry-sur-Seine (France) MeS : Elisabeth Chailloux







Théâtre : Théâtre des Quartiers d’Ivry






Programmation : Ă  partir du 03 novembre 2003

avec Clémence Barbier, Elisabeth Chailloux, Stéphanie Correia, Daniel Dublet, David Gouhier, Zakariya Gouram, Natacha Koutchoumov, Stéphanie Schwartzbrod, Charlie Windelschmidt.Scénographie Yves Collet, Costumes Marc Anselmi, Lumières Yves Collet, Son Anita Praz






2005 Varsovie (Pologne) MeS : Michal Sieczkowski Traduction : Barbara Grzegorzewska






Théâtre : Przestrzen Wymiany Dzialan Arteria






Programmation : Ă  partir du 26 avril 2005

avec Agata Buzek (Carole), Ewa Dalkowska (Ma), Katarzyna Godlewska (June), Anna Gajewska (Anna), Kacper Kuszewski (Leslie), Lech Lotocki (Al), Pawel Koslik (Henry), Pawel Prokopczuk Décor Magali Murbach Costumes Radana Ivancic & Pawel Iwancic Musique Bartlomiej Zajkowski Assistante mise en scène Diane Lapalus


1995 français Sallinger






Editions : Éditions de Minuit, Paris





1995 allemand Sallinger Trad : Corinna Frey & Simon Werle





Editions : Verlag der Autoren, Franckfurt





2004 anglais Sallinger Trad : David Fancy


avec Quay West, In the Solitude of the Cotton Fields, Night just before the forest






Editions : Methuen, Londres





2005 italien Sallinger Trad : Franco Quadri & Cherif


avec Le Amarezze, L’Eredita, Roberto Zucco. in De Sallinger à Roberto Zucco






Editions : Ubulibri, Milan





2003 turc Sallinger Trad : Isik ErgĂĽden

avec Roberto Zucco, Tabataba, Çôle Geri Dönus,





Editions : Dost kitabevi, Istambu
Bruno Boëglin
Petits et grands errent.
Tous, ils pataugent tous sous un ciel bouché.
Dans les plaques de neige Ă  demi fondue de New York, la grande ville.
Dans le fouillis des rues sans perspective.
Dans les boîtes de nuits où toutes les filles sont belles.
Sur les splendides parquets d’appartement coincés.
Alors, bien sûr, il traîne des suicides et des folies et plus loin dans le monde les meurtres gigantesques du Vietnam et de la Corée.
À l’écart de tous les piétinements, le Rouquin, déjà mort, sourit.
Bruno Boëglin, 1997 (entretien avec F. K. pour le film « Comme une étoile filante»)
J’avais lu “ La nuit juste avant les forĂŞts du Nicaragua ”, premier titre, puis j’avais lu le roman “ La fuite Ă  cheval ” puis je l’avais rencontrĂ©… Ça s’est fait vraiment comme ça…pas plus compliquĂ©. Il y a eu des rĂ©unions…oĂą on parlait beaucoup de Salinger, pas beaucoup de son Ă©criture, pas du tout, pas du tout ce que j’avais fait moi avant, comme comĂ©dien ou metteur en scène, pas du tout le trajet des autres personnes qui Ă©taient mĂŞlĂ©es Ă  l’aventure…
…Quand il m’a donnĂ© le manuscrit,…je me disais c’est pas possible j’y arriverai pas…Il y avait huit ou neuf monologues qui faisaient quatre ou cinq pages et dedans Ă©tait contenu absolument – je ne suis pas un spĂ©cialiste des textes de Bernard – mais, Ă©tait contenu absolument tout ce qui allait devenir son oeuvre d’écrivain de théâtre.
Jean-Christophe Saïs, Magazine littéraire n°395, févier 2001
J’ai l’impression que si l’Ĺ“uvre de Koltès est aussi puissante aujourd’hui, c’est qu’elle touche Ă  la mythologie de la mort. Or, le vĂ©ritable thème de « Sallinger » c’est prĂ©cisĂ©ment la mort. »