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02 combat

.) Combat de Nègre et de chiens ne parle pas, en tout cas, de l’Afrique et des Noirs – je ne suis pas un auteur africain –, elle ne raconte ni le néocolonialisme ni la question raciale. Elle n’émet certainement aucun avis.
Elle parle simplement d’un lieu du monde. On rencontre parfois des lieux qui sont, je ne dis pas des reproductions du monde entier, mais des sortes de métaphores, de la vie ou d’un aspect de la vie, ou de quelque chose qui me paraît grave et évident, comme chez Conrad par exemple les rivières qui remontent dans la jungle… J’avais été pendant un mois en Afrique sur un chantier de travaux publics, voir des amis. Imaginez, en pleine brousse, une petite cité de cinq, six maisons, entourée de barbelés, avec des miradors ; et, à l’intérieur, une dizaine de Blancs qui vivent, plus ou moins terrorisés par l’extérieur, avec des gardiens noirs, armés, tout autour. C’était peu de temps après la guerre du Biafra, et des bandes de pillards sillonnaient la région. Les gardes, la nuit, pour ne pas s’endormir, s’appelaient avec des bruits très bizarres qu’ils faisaient avec la gorge… Et ça tournait tout le temps. C’est ça qui m’avait décidé à écrire cette pièce, le cri des gardes. Et à l’intérieur de ce cercle se déroulaient des drames petits-bourgeois comme il pourrait s’en dérouler dans le seizième arrondissement : le chef de chantier qui couchait avec la femme du contremaître, des choses comme ça…
Ma pièce parle peut-être un peu de la France et des Blancs : une chose vue de loin, déplacée, devient parfois plus symbolique, parfois plus déchiffrable. Elle parle surtout de trois êtres humains isolés dans un lieu du monde qui leur est étranger, entourés de gardiens énigmatiques. J’ai cru – et je crois encore – que raconter le cri de ces gardes entendu au fond de l’Afrique, le territoire d’inquiétude et de solitude qu’il délimite, c’était un sujet qui avait son importance (…).

Bernard-Marie Koltès – Europe, 1983

1982 New York (États-Unis) MeS : Françoise Kourilsky. Traduction : Matthew Ward






Théâtre : La Mama






Programmation : Création mondiale. du 09 décembre 1982 au 02 janvier 1983.

avec Louis Zorich (Horn), Afemo (Alboury), Barbara eda-Young (Léone), Ron Frazier (Cal). Décor Roberto Moscoso. Lumière Beverly Emmons. Musique Aiyb Dieng, Teko Manong






1983 Groningen (Pays-Bas) MeS : Martin Oosthoer Traduction : Eugenie Megens






Théâtre : De Voorziening






Programmation : courant février 1983






1983 Nanterre (France) MeS : Patrice Chéreau







Théâtre : Théâtre de Nanterre-Amandiers






Programmation : Création en France. du 21 février 1983 au 24 avril 1983 et du 06 au 25 juin 1983. Puis au TNP, Villeurbanne (France), du 04 au 18/05/1983 – Theater Festival 83, Münich (Allemagne), du 24 au 28/05/1983

avec Michel Piccoli (Horn), Sidiki Bakaba (Alboury), Myriam Boyer ( Léone) et Philippe Léotard (Cal) & Meyong Bekate, Menzan Kouassi, Cheik Doukouré Décor  Richard Peduzzi. Costumes Jacques Schmidt Son AndréSerré Assistants Pierre Romans, Claude Stratz, Denis Fruchaud






1983 Zürich (Suisse) MeS : Henri Hohenemser Traduction : Maria Pruckner-Gignoux / Wolfgang Palka





Théâtre : Schauspiele Keller






Programmation : courant 1983/1984






1984 Turin (Italie) MeS : Mario Missiroli Traduction : Saverio Vertone






Théâtre : Teatro Adua (production Gruppo della Rocca






Programmation : à partir du 16 janvier 1984






1984 Bruxelles (Belgique) MeS : Pierre Laroche







Théâtre : Le Rideau






Programmation : du 08 au 20 mars 1984






1984 Ljubljana (Slovénie)








Théâtre : Théâtre National






1984 Franckfort (Allemagne) MeS : Hans Dieter Jendreyko Traduction : Maria Pruckner-Gignoux / Wolfgang Palka






Théâtre : Schauspiel-Kammerspiel






Programmation : à partir du 07 avril 1984

avec Gerd Kunath (Horn), Brooks McKay (Alboury), Christiane Lemm ( Léone) et Matthias Scheuring (Cal). Décor  Raimund Bauer. Lumière  . Bande son  Klaus Balzer. Costumes  Dorothea Wimmer.






1984 Wüppertal (Allemagne) MeS : Petra Dannenhöfer Traduction : Maria Pruckner-Gignoux / Wolfgang Palka






Théâtre : Wüppertaler Bühnen






Programmation :






1984 Tübingen (Allemagne) MeS : Stefan Viering Traduction : Maria Pruckner-Gignoux / Wolfgang Palka






Théâtre : Landestheater






Programmation : à partir du 14 avril 1984






1984 Vienne (Autriche) MeS : Wolgang Palka Traduction : Maria Pruckner-Gignoux / Wolfgang Palka






Théâtre : Schauspielhaus






Programmation : à partir du 26 avril 1984






1984 Munich (Allemagne) MeS : Gunar Klattenhof Traduction : Maria Pruckner-Gignoux / Wolfgang Palka






Théâtre : Modernes Theater






Programmation : à partir du 06 décembre 1984






1985 Bruxelles (Belgique) MeS : Pierre Laroche







Théâtre : Koninklijke Vlaamse Schouwburg






Programmation : courant mai 1985






1985 Göttingen (Allemagne) MeS : Jöchen Folster Traduction : Maria Pruckner-Gignoux / Wolfgang Palka






Programmation : à partir du 06 décembre 1985






1986 Lathi (Finlande) MeS : Vivica Bandler Traduction : Marjetta Ecare






Théâtre : Théâtre municipal






Programmation : du 13 février au 20 avril 1986






1986 Saarbrück (Allemagne) MeS : Jurgen Lawrenz Traduction : Maria Pruckner-Gignoux / Wolfgang Palka






Théâtre : Landestheater






Programmation : à partir du 21 avril 1986






1986 Londres (Grande-Bretagne) MeS : Michael Batz Traduction : Matthew Ward






Théâtre : The Gate Theatre






Programmation : du 07/06 au 02/07/1986






1986 Stockholm (Suède) MeS : Göran Graffman Traduction : Katarina Frostenson Och et Jean-Claude Arnault






Théâtre : Kungliga Dramatiska Teatern






Programmation : à partir du 06 décembre 1986

avec Ingvar Kjellson (Horn), Lamine Dieng (Alboury), Solveig Ternström ( Léone) Rolf Skoglund (Cal), & Pa Jagne, Abdoulie N’Diaye, Samba Nyass, Adamo Secka. Décor  Liss Annika Söderström. Lumière  Tommy Sundh. Bande son  Ingemar Sjödin.






1987 Berlin (Allemagne) MeS : K.D. Schmidt Traduction : Simon Werle





Théâtre : Schillertheater









Programmation :










1987 Joensuu (Finlande) MeS : Seppo Luhtala Traduction : Marjetta Ecare






Théâtre : Théâtre municipal






Programmation : du 21 mars au 15 mai 1987












1988 Cologne (Allemagne) MeS : Dimiter Gotscheff Traduction : Simon Werle






Théâtre Schauspiel Schlosserei






Programmation : à partir du 09 janvier 1988






1988 Rottweil (Allemagne) MeS : Stefan Duffner, Dorothee Meylan, Peter Burri Traduction : Simon Werle






Théâtre : Hinterzimmer Theater






Programmation : à partir du 13 avril 1988






1988 Copenhague (Danemark)
Traduction : Niels Olaf Gudme






Théâtre : Theater Atlantic






Programmation : du 28 juillet au 10 août 1988






1988 Kiel (Allemagne) MeS : Matthias Fontheim Traduction : Simon Werle






Théâtre : Schauspiel






Programmation : saison 1988/1989






1989 Neuss (Allemagne) MeS : Egmont Elschner Traduction : Simon Werle






Théâtre : Landestheater






Programmation : à partir du 13 janvier 1989






1990 Tielt (Belgique) MeS : Ruurd van Wijk Traduction : Fried Zuidweg






Théâtre : Theater Malpertuis






Programmation : courant avril 1990






1990 Madrid (Espagne) MeS : Miguel Narros Traduction : Sergi Belbel (en castillan)






Théâtre : Centre Dramatique National






Programmation : du 25 avril à juin 1990






1990 Porto (Portugal)








Théâtre : Auditorio Nacional Carlos Alberto (production Os Comediantes -Tear)






Programmation : du 13 au 27 septembre 1990






1990 Barcelone (Espagne) MeS : Carme Portacelli Traduction : Sergi Belbel et Guillermo Heras (en catalan)






Théâtre : Mercat de las Flors






Programmation : du 27 septembre au 09 octobre 1990






1990 Mannheim (Allemagne) MeS : Bruno Klimek Traduction : Simon Werle






Théâtre : National Theater






Programmation : courant octobre 1990






1991 Düsseldorf (Allemagne) MeS : Ravi Karmalker Traduction : Simon Werle






Théâtre : Theaterlabor






Programmation : courant janvier 1991






1991 Erlangen (Allemagne) MeS : Johannes Zametzer Traduction : Simon Werle






Théâtre : Werkstatt Theater






Programmation : à partir du 04 avril 1991






1991 Dresde (Allemagne) MeS : Tobias Wellemeyer Traduction : Simon Werle






Théâtre : Stadtschauspiel






Programmation : à partir du 10 mai 1991






1991 Aabo (Suède)
Traduction : Marcus Broth, Torja Jaaneke






Théâtre : Aabo Svenska Teater






Programmation : courant mai 1991






1991 Edimbourg (Grande-Bretagne) MeS : Andrew Farrel Traduction : Matthew Ward






Théâtre : Traverse Theatre






Programmation : du 25 juillet au 31 août 1991






1991 Tel Aviv (Israël) MeS : Roni Pinkowicz Traduction : Doron Tabori






Théâtre : Théâtre Habimah






Programmation : courant décembre 1991






1992 Münich (Allemagne) MeS : Armin Petras







Théâtre : Kammerspiele






Programmation : à partir du 02 février 1992






1992 Bruchsal (Allemagne) MeS : Lothar Maninger Traduction : Simon Werle






Théâtre : Landesbühne






Programmation : à partir du 07 mars 1992






1992 Besançon (France) MeS : René Loyon







Théâtre : Nouveau Théâtre






Programmation : du 07 au 18 avril 1992






1992 Leipzig (Allemagne) MeS : Lutz Graf Traduction : Simon Werle






Théâtre : Schauspiel Neue Szene






Programmation : à parir du 26 avril 1992






1992 Hannover (Allemagne) MeS : Sabine Andreas Traduction : Simon Werle






Théâtre : Staatstheater






Programmation : à partir du 03 mai 1992






1992 Tübingen (Allemagne) MeS : Thierry Bruehl Traduction : Simon Werle






Théâtre : Zimmertheater






Programmation : à partir du 14 mai 1992






1992 Prague (République Tchèque)
Traduction : Katerina Lukesova






Théâtre : Théâtre National






Programmation : courant juin 1992






1993 Giessen (Allemagne) MeS : Siemen Rühaak Traduction : Simon Werle






Théâtre : Stadttheater






Programmation : à partir du 10 janvier 1993






1993 Detmold (Allemagne) MeS : Ulrich Holle Traduction : Simon Werle






Théâtre : Landestheater






Programmation : à partir du 30 avril 1993






1993 Grenoble








Théâtre : Compagnie les inachevés






Programmation : du 1er mai 1993 au 31 décembre 1994. Grenoble puis toute la France.






1993 Vincennes (France) MeS : Guy Delamotte







Théâtre : Théâtre de la Cartoucherie






Programmation : du 22 novembre au 22 décembre 1993






1995 Vienne (Autriche)








Théâtre : Théâtre Français






Programmation : du 30 mars au 05 avril 1995






1996 Le Cap (Afrique du Sud)









Programmation : du 09 novembre au 31 décembre 1996






2001 Toulouse (France) MeS : Jacques Nichet







Théâtre : TNT Théâtre de la Cité






Programmation : du 11 au 28 janvier 2001. Puis Théâtre Municipal d’Avignon du 25/07 au 28/07/2001, Le Parvis Scène Nationale de Tarbes le 31/01/2001, Le Volcan-Le Havre du 08/02 au 10/02/2001, CDR de Tours-Louis Jouvet du 13/02 au 14/02/2001, La Passerelle-Saint-Brieuc le 20/02/2001, Théâtre de Cornouaille-Quimper du 22/02 au 23/02/2001, Théâtre de la Ville-Paris du 28/02 au 17/03/2001, Maison de la culture d Amiens du 20/03 au 21/03/2001, La Coursive-Scène Nationale-La Rochelle le 24/03/2001, Théâtre des Treize Vents -Montpellier du 28/03 au 31/03/2001-Le Théâtre Scène Nationale de Narbonne du 13/03 au 14/03/2003, TNT Théâtre de la Cité-Toulouse du 20/03 au 23/03/2003, La Criée – Théâtre Nationale de Marseille du 03/04 au 11/04/2003, TNB Salle Vilar / salle Serreau-Rennes du 15/04 au 18/04/2003, Le Bateau de Feu-Dunkerque du 29/04 au 30/04/2003, Théâtre de la Ville-Paris du 13/05 au 18/05/2003, Théâtre de Nice du 22/05 au 23/05/2003.

avec Alain Aithnard (Alboury), François Chattot (Horn), Loïc Houdré (Cal), Martine Schambacher (Léone). Assistants Guillaume Delaveau et Célie Pauthe. Décor Laurent Peduzzi. Musique Georges Baux, Abdel Sefsaf. Costumes Nathalie Prats-Berling. Lumière Marie Nicolas. Voix  Alain Aithnard, M’Baye Mame Cheikh, Denis Mpunga, Boubacar Ndiaye et Abdel Sefsaf






2003 Kortrijk (Belgique) MeS : Ruud Gielens Traduction : Bart Meuleman






Théâtre : Theater Antigone






Programmation : à partir du 31 mars 2003

avec Sephunyane Junior Mthombeni, Joris Van den Brande, Job Verbist – Costumes Catherine Lefebvre
1980 français Combat de nègre et de chiens




Editions : Éditions Stock- Théâtre ouvert



1983 français Combat de nègre et de chiens




Editions : Nanterre-Amandiers-Biba



1989 français Combat de nègre et de chiens




Editions : Éditions de Minuit, Paris



1987 allemand Kampf des Negers und der Hunde Trad : Simon Werle




1990 allemand Kampf des Negers und der Hunde Trad : Simon Werle

Avec : Die Nachtkurz vor den Wäldern




Editions : Theaterbibliothek, Verlag der Autoren, Franckfurt, Allemagne



1997 anglais Black Battles with dogs Trad : David Bradby

Avec : Return to the desert, Maria Delgado


Roberto Zucco (Methuen Drama)




Editions : Methuen, Londres, Grande-Bretagne



1989 anglais Struggle of the Dogs and the Black Trad : Matthew Ward


in New French Plays, Methuen Drama




Editions : Methuen, Londres, Grande-Bretagne



2008 arabe Dar al Mada


in Koltès, anthologie 1




Editions : Damas, Syrie





1988 catalan Combat de Negre i de Gossos Trad : Blai Bonet




Sergi Belbel
Editions : Institut del teatre de la Diputacio, Barcelone




2008 coréen Combat de nègre et de chiens




Editions : Théâtre et Homme, Corée




1996 espagnol (Basque) Combate de Negro e de Cans Trad : Henrique Harguindey

Avec : A Noite xusto antes dos bosques -Banet




Editions : Theaterbibliothek, Edicións Laiovento, Santiago de Compostela




2000 géorgien Combat de nègre et de chiens Trad : M. Brakradzé





Editions : Sans édition






1995 grec Combat de nègre et de chiens Trad : Catherine Velissaris





Editions : Athènes




1983 italien Negro contro Cani Trad : Saverio Vertone





Editions : Gruppo della Rocca, Turin




1991-2003 italien Scontro di Negro contro cani Trad : Saverio Vertone

Avec : Nella Solitudine dei campi di cotone,


Il Ritorno al deserto, Quai ouest.




Editions : Ubu Libri, Milan




2003 italien Lotta di negro e cani Trad : Valerio Magrelli





Editions : Sans édition




1995 portugais (Brésil) Combate de Negro e de Cães Trad : Leticia Coura


in Teatro de Bernard-Marie Koltès




Editions : Hucite, Sao Paolo




1996 roumain Lupta Negrului cu câinii Trad : Oana Popescu





Editions : Libra, Bucarest




1995 russe Combat de nègre et de chiens


avec La Nuit juste avant les forêts,


Quai ouest,


Dans la solitude des champs de coton,


Roberto Zucco,


Le Retour au désert, Tabataba




Editions : Moscou




1999 turc Zenciyle itlerin dalasi Trad : Ali Berktay


avec Quai ouest






Editions : Mitos Boyut, Türkiye Yayin Haklari, Istambul, Turquie




2002 slovaque Boj cernocha so psami Trad : Michaela Jurovská





Editions : Drewo a srd, Bratislava




2003 slovène Dvoboj med crncem in psi Trad : Suzana Koncut





Editions : Slovensko narodno gledališče Drama Ljubljana




2006 tchèque Boj cernocha se psyě Trad : Kateřina Lukešová




Editions : Divadel ni ustav, anthologie Koltès, Prague
Bernard-Marie Koltès – Lettre à Hubert Gignoux – Ahoada, 11 février 1978.
L’image qui me vient, la seule qui me rassure un peu, est celle de la promenade du soir, où je marche seul dans l’enceinte du camp fermé de barbelés à hauteur d’homme, sous les bougainvilliers, frôlant de temps en temps une ombre accroupie et la tête penchée vers le sol comme un plant, le visage effleuré d’araignées suspendues, avec au-dessus des vols tournants d’éperviers qui se croisent.
…un Africain était mort sur le chantier, écrasé par le Caterpillar. On m’en mit plein la vue pour me montrer à quel point le fait était banal, presque quotidien, risible, sain, et prouvait à quel degré cette petite société, réunie au club autour d’un verre, parlant si gaiement entre Blancs, était faite d’hommes, durs, expérimentés, souverains, des vrais, quoi. […] Le néo-colonialisme donne à tous ces hommes et à toutes ces femmes un certain nombre de rides particulières, que je n’ai jamais vues ailleurs, et qui se dessinent à la verticale, du bord extérieur des yeux jusqu’au milieu de la joue, comme une traînée de larmes écartée par le vent.
Bernard-Marie Koltès
Bernard-Marie Koltès – Lettre à Mme Hunzinger – agent en Allemagne
Paris, le 18 décembre 1983.
Madame HUNZINGER
Chère Madame,
(…..)
Monsieur M. Dugowson me fait part de la perplexité dans laquelle vous aurait plongé ma précision concernant, pour ma pièce « Combat de Nègre et de chiens » la distribution du rôle d’Alboury à un Noir. À vrai dire, je n’aurais jamais eu l’idée de préciser ce point si je n’avais eu la surprise, en Italie, de constater que ce n’était pas évident pour tout le monde. Je vais donc très clairement vous expliquer mon point de vue.
Il me paraît aussi absurde de faire jouer Alboury par un Blanc, un Turc ou un Arabe, que de faire jouer Léone par un homme, un travesti ou un transsexuel. Il ne s’agit pas, comme on ne manquera pas de me le dire, d’un prétendu « contexte culturel français » qui soit ici en cause. La pièce se passe en Afrique et nulle part ailleurs, et la moindre des choses est que l’on fasse jouer la part de l’Africain par un Africain ; je ne pourrai jamais reconnaître ma pièce dans un travestissement de cet aspect qui fait partie de la structure de la pièce.
Comment un metteur en scène peut-il avoir l’idée de monter précisément cette pièce sans immédiatement penser qu’il lui faudra trouver, pour la jouer, un homme de soixante ans, un homme de trente ans, une femme et un Africain ? Je m’inquiète de la qualité artistique d’un spectacle monté par quelqu’un qui ne se serait pas posé, a priori, ce problème comme une condition, et qui ne l’aurait pas résolu. Je suis prêt, et même curieux, de voir des mises en scène différentes de ma pièce, et même éloignées de l’idée que je m’en fais, mais je me refuserai toujours à cautionner une prise de parti que je qualifierai de paresseuse, et qui va à l’encontre de l’histoire que raconte la pièce.
Quant au problème que poserait cette distribution, il est mineur par rapport aux autres problèmes que pose cette pièce, et dont je suis conscient ; mais je suppose que celui qui ne pourra pas résoudre celui-là, ne pourra pas résoudre les autres. Je rappelle que le personnage d’Alboury parle le français comme une langue étrangère ; il ne s’agit donc pas de trouver un acteur qui parle allemand comme sa langue maternelle, mais bien comme une langue étrangère. Si j’insiste sur la distribution du rôle à un Africain, c’est aussi parce qu’un Africain possède une langue à lui, qui n’est ni le français ni l’allemand, et qu’il conviendrait de traduire les passages en Ouoloff dans sa propre langue.
Il vaudrait mieux, à tout prendre, proposer le rôle à un étudiant ou à un acteur amateur, plutôt qu’à un professionnel qui singerait l’Africain. On ne « joue » pas plus une race qu’un sexe. Mais, si je peux imaginer que cette solution soit un dernier recours en Finlande ou en Norvège, je trouverais consternant qu’elle le fût en Allemagne ; je ne peux croire, qu’avec un peu d’obstination, on ne puisse trouver en Allemagne ou en Suisse, un acteur africain parlant l’allemand. La solution de l’acteur noir américain serait évidemment un moindre mal, et le contresens moins grave. Cela me paraît pourtant une solution de facilité.
Je crois souhaitable que vous transmettiez mon opinion aux metteurs en scène qui ne la partagent pas. Même si je ne pose pas, pour l’instant, cette exigence comme une condition absolue pour accorder les droits, je la formule cependant comme une évidence artistique ; et je me refuserai toujours de reconnaître comme sérieuse une réalisation qui méconnaîtrait ce problème et qui ne l’aurait pas solutionné de la seule manière possible. Je préfèrerais que ma pièce ne soit pas jouée plutôt que de savoir qu’Alboury est joué par un acteur non-Noir.
(…..)
Bernard-Marie Koltès
Patrice Chéreau, Les Inrockuptibles , N°31 du 8 au 14 nov.1995, p. 63
Il y a eu un viol formidable pendant la première saison de Nanterre : j’avais, par goût mais sans trop réfléchir, collé côte à côte deux pièces : Combat de Nègre et de chiens de Koltès et Les Paravents de Genet, qui ont cohabité dans les deux salles pendant deux mois. Et là, il y a eu une déflagration incroyable. Tous les acteurs blacks d’un côté, ils étaient treize, et les trente-huit Marocains et Algériens de l’autre ; ça coïncidait exactement à la population de Nanterre, le théâtre avait rendez-vous avec une partie des gens qui ne sont jamais montrés au théâtre, qui n’y vont jamais, qui n’ont jamais la parole.